Depuis l'avènement des réseaux informatiques et notamment
de l'Internet, le développement des technologies de l'information
et de la communication (TIC) ouvre de nouvelles possibilités d'interaction
entre les apprenants à distance. Les institutions de formation
à distance ont rapidement vu dans ces possibilités un moyen
de briser l'isolement de leurs étudiants, facteur souvent invoqué
pour expliquer le pourcentage élevé d'abandons ou d'échecs.
Elles cherchent donc à inclure des activités d'apprentissage
collaboratif dans leurs cours, que ce soit lors de la conception de nouveaux
cours ou lors de la mise à jour de ceux qu'elles offrent déjà.
Ce phénomène nouveau suscite des interrogations quant au
design de telles activités dans des situations de formation où
les étudiants sont éloignés physiquement.
Depuis quelques années, une importante littérature sur
l'apprentissage collaboratif assisté par ordinateur s'est développée.
Pour référer à ce phénomène, elle (la
littérature) a suggéré le concept de Computer Supported
Cooperative Learning (CSCL). Ce concept est dérivé par analogie
de celui pré-existant de Computer Supported Cooperative Work (CSCW),
qui traite de l'usage des technologies pour assister le travail de groupe
en entreprise. Le CSCL inclut tout autant des expériences de communication
assistée par ordinateur dans des contextes de formation à
distance que des expériences où des élèves
travaillent en équipe de deux ou trois autour d'un logiciel éducatif
commun dans un même lieu (Casey, 1992; Geban, Askar et Özkan,
1992; Kneedler, 1993; Gorsky et Finegold, 1992; Resnick, 1992; Roschelle,
1992). Cette littérature a contribué à démontrer
le potentiel des nouvelles technologies de l'information et de la communication
pour susciter ou assister la collaboration entre étudiants dans
diverses situations d'apprentissage. Cependant, elle demeure encore incomplète
pour guider les concepteurs de cours sur Internet dans le design d'activités
collaboratives.
L'objectif du présent article est de tenter d'apporter quelques
éléments de réponse aux questions que se posent les
concepteurs à ce sujet. Pour ce faire, nous rapportons certains
résultats d'une mise à l'essai d'un cours diffusé
sur Internet comprenant des activités collaboratives et les analysons
à la lumière de propositions théoriques portant sur
l'apprentissage collaboratif et de constats découlant de diverses
expériences d'apprentissage collaboratif assisté par ordinateur
rapportées dans la littérature.
Contexte
En tant que partenaire du projet RECTO, le Centre collégial de
formation à distance (CCFD) s'est vu confier le mandat de procéder
à la réingénierie d'un cours pour l'implanter sur
Internet. Ce faisant, le CCFD devait éprouver le potentiel pédagogique
d'Internet, notamment en ce qui a trait aux possibilités d'apprentissage
collaboratif sur le réseau. L'objectif général était
de faciliter l'émergence de modèles d'apprentissage et d'enseignement
innovateurs, fondés sur des approches pédagogiques nouvelles.
Pour ce projet, le Centre a retenu le cours de mathématiques 103,
portant sur le calcul différentiel et intégral, un cours
traditionnel de formation à distance bâti autour d'un manuel
de référence et le support téléphonique d'un
tuteur. Ce cours compte un nombre élevé d'inscriptions;
cependant, il présente également un nombre élevé
d'abandons. Lorsqu'on interroge la clientèle du cours, elle rapporte
année après année le sentiment d'isolement qu'elle
éprouve dans ce cours et le manque d'interactions avec d'autres
apprenants. Ce cours constituait donc une cible tout indiquée pour
ce projet de réingénierie pédagogique.
Méthodologie de réingénierie
du cours
La méthodologie de réingénierie du cours s'est
inspirée des modèles classiques de design pédagogique,
qui incluent généralement des étapes d'analyse, de
design, de développement et d'évaluation, celles-ci n'étant
pas nécessairement exécutées de façon strictement
linéaire. La réingénierie du cours a été
l'oeuvre d'un travail d'équipe. Au cours de ce travail, l'équipe
de développement, composée de deux spécialistes de
contenu assistés d'un technologue de l'éducation et occasionnellement
d'un programmeur et d'un analyste informatique, a testé une grande
variété d'outils et de technologies. Comme le recommande
Fetterman (1996), les tests techniques se déroulaient intentionnellement
dans les conditions se rapprochant le plus possible de la situation d'apprentissage
de la clientèle-cible, c'est-à-dire au domicile respectif
des membres de l'équipe. La participation des spécialistes
de contenu à ces tests leur a permis d'être au fait des possibilités
techniques des outils et de pouvoir ainsi en extrapoler le potentiel pédagogique.
Différentes questions ont émergé tout au long du
développement du cours sur Internet. Elles ont été
exposées notamment à un congrès de l'INET (the Internet
Society) tenu à Montréal en 1996 (Chomienne et Potvin, 1996).
Ces questions concernent l'organisation de l'environnement offert par
le World Wide WEB à l'équipe de développement (technique
et pédagogique) (Walther, 1996) et aux apprenants (Stahl, Sumner
et Repenning, 1995), ce qui nous a amenés à identifier trois
espaces dans cet environnement, à savoir un espace de production,
un espace de présentation/consultation et un espace de communication;
d'autres ont trait aux processus de travail qui ont lieu à l'intérieur
d'une équipe de développement multidisciplinaire orientée
vers une production commune.
Brève description du cours sur Internet
Au moment de la mise à l'essai, une partie seulement du cours
avait été développée sur Internet, soit la
partie couvrant les deux premiers chapitres du manuel de référence
du cours, portant sur la notion de limite et de continuité et sur
le calcul des limites.
Comme on peut le voir à la figure 1, depuis la page d'accueil
du cours, l'étudiant a accès, par le biais de différents
icones situés à la gauche de l'écran, à un
guide d'étude, à un cahier d'apprentissage, aux outils de
communication, à un menu hiérarchique, à une carte
de navigation et à une section d'aide. Fait à noter, les
outils de communication sont également accessibles à partir
des pages HTML présentant les activités. De cette façon,
l'usager accède aux outils sans sortir de l'environnement du cours
et au moment où il en ressent le besoin. Nous avons ainsi conçu
un environnement technologique intégré, car la quantité
de logiciels nécessaires pour suivre ce cours risquait de créer
une certaine confusion chez l'étudiant quant aux fonctions spécifiques
de chacun des outils proposés.
Page d'accueil du cours

Pour les activités de communication, l'étudiant doit utiliser
les outils suivants :
|
Fonctions de communications
|
Outil
|
| Audioconférence sans partage de fichier |
Télévox |
| Audioconférence avec partage de fichier |
Internet Conference |
| Courrier électronique |
MS-Exchange |
| Forums de discussion |
MS-Exchange |
| Agenda |
Schedule Plus (MS-Exchange) |
Ces outils servent aux activités collaboratives entre étudiants,
de même qu'aux activités d'encadrement par les tuteurs. Dans
les deux cas, ils sont utilisés essentiellement pour corriger et
commenter des exercices préalablement réalisés individuellement
ou encore pour discuter de notions présentées dans les divers
documents du cours. Les échanges ont lieu soit lors de communications
asynchrones (dans des forums de discussion ou via le courrier électronique),
soit lors de communications synchrones en audioconférence, avec
ou sans partage de fichiers. Ces communications synchrones sont préprogrammées
à des moments précis dans le calendrier du cours.
Méthodologie
de la mise à l'essai
La mise à l'essai visait à recueillir l'appréciation
globale des élèves sur le contenu ainsi que sur les aspects
pédagogiques, médiatiques et techniques du cours et à
tester la robustesse et la convivialité de l'environnement technique.
Elle s'est étendue sur une période de six semaines. Six
étudiants volontaires (3 filles et 3 garçons) y ont participé,
encadrés par deux tutrices et un dépanneur technique. Les
techniques de collecte des données suivantes ont été
utilisées :
- entretien téléphonique auprès de chacun des étudiants
avant la mise à l'essai;
- questionnaires de dépistage des difficultés techniques et
d'appréciation des activités, remplis par les élèves
immédiatement après chacune de leur session de travail sur
le cours;
- journal de bord de la chargée de projet, des deux tutrices et du
dépanneur technique;
-
entrevue individuelle à la fin de la mise à l'essai avec
chacun des étudiants;
-
entrevue avec l'une des deux tutrices;
-
recueil des messages électroniques échangés entre
les étudiants, les tutrices et le dépanneur technique (via
le courrier électronique personnel et les forums de discussion).
Analyse critique des activités
d'apprentissage collaboratif
Pour effectuer une analyse critique des activités collaboratives
du cours de mathématiques 103 sur Internet, nous nous sommes demandées
comment ce cours se situait par rapport aux positions actuelles ou aux
autres expériences dans le domaine sur les neuf aspects suivants
:
- la définition même de ce qu'est une « véritable
» activité collaborative,
-
les technologies utilisées,
-
les méthodes d'enseignement ou d'apprentissage,
-
les types d'apprentissages visés,
-
le rôle de l'enseignant,
-
la participation des étudiants,
-
la composition des équipes,
-
la valeur affective et sociale des activités collaboratives,
-
l'évaluation des apprentissages.
C'est la réponse que nous avons trouvée à cette question
à plusieurs volets qui est présentée dans les prochains
paragraphes.
Activités coopératives ou collaboratives?
Pendant longtemps, les termes « collaboratif » et «
coopératif » ont été utilisés indifféremment
dans les écrits en éducation. Des distinctions ont toutefois
été apportées récemment, notamment par Ricciardi-Rigault
(1993), Henri et Lundgren-Cayrol (1996) et dans les études rapportées
par le Centre for the Study of Classroom Processes (Abrami et al., 1996).
L'apprentissage coopératif est généralement défini
comme étant une méthode d'enseignement selon laquelle des
élèves travaillent ensemble en petites équipes afin
d'atteindre un but commun (Slavin, 1985). En nous appuyant sur Salomon
(1992), Johnson et Johnson (1984) et Slavin (1985), qui parlent tous trois
de coopération ou d'apprentissage coopératif, nous reconnaissons
à l'apprentissage coopératif les principales caractéristiques
suivantes :
- L'interdépendance positive entre les pairs. Chaque membre contribue
au travail de l'équipe et est indispensable à l'accomplissement
du travail de l'équipe. Il porte ainsi une responsabilité
vis-à-vis des autres membres de l'équipe et est redevable
des engagements qu'il a pris envers l'équipe. Outre le partage
d'un but commun, l'interdépendance peut être créée
par une complémentarité de rôles, des récompenses
accordées à l'ensemble du groupe, une division des ressources,
une identité de groupe, etc. (Johnson et Johnson, 1996);
-
L'interaction avec les pairs et le partage d'informations. La production
commune (un produit ou un construit) résulte d'un processus de
mise en commun d'informations et des discussions entre les participants.
Un consensus est atteint par des négociations entre les membres
de l'équipe, qui fournissent des informations complémentaires
pour soutenir leurs points de vue.
Pour les auteurs qui distinguent l'apprentissage coopératif de
l'apprentissage collaboratif, ces caractéristiques s'appliquent
dans les deux cas. C'est plutôt dans la manière dont elles
sont mises en uvre que les distinctions apparaissent. Ainsi, l'interdépendance
est plus élevée dans des situations d'apprentissage coopératif
: il y a spécialisation des tâches (chaque membre est responsable
d'exécuter une sous-tâche) et la contribution des uns n'a
de sens que si elle est complétée par celle des autres.
Dans les situations d'apprentissage collaboratif, chaque membre est responsable
individuellement d'atteindre le but et les apprenants sont encouragés
à s'entraider dans leurs efforts et à mettre en commun le
fruit de leur travail (Henri et Lundgren-Cayrol, 1996). En outre, comme
le soulignent Henri et Lundgren-Cayrol (1996), les situations d'apprentissage
coopératif sont davantage contrôlées par le formateur
et laissent moins d'autonomie aux apprenants que les situations d'apprentissage
collaboratif. Pour ces auteures, ces deux approches se situent sur un
continuum, où la démarche collaborative se caractérise
par une grande autonomie laissée aux apprenants et un faible contrôle
de la part du formateur, alors que la démarche coopérative
se caractérise par une faible autonomie laissée aux apprenants
et un fort contrôle exercé par le formateur.
Selon ces distinctions, les activités de groupe proposées
dans le cours de mathématiques 103 développé sur
Internet correspondent davantage aux critères des activités
collaboratives que des activités coopératives. Le but ici
est de faire en sorte que chacun des élèves comprenne les
concepts du calcul différentiel et intégral. Pour ce faire,
les participants sont invités à utiliser la « communauté
d'apprentissage » regroupée sur le réseau pour échanger
des informations, s'entraider, corriger ensemble leurs exercices et recevoir
du feedback et du soutien. Les membres des «groupes» (que
ce soit dans les forums de discussion, l'échange de courrier électronique
ou les audioconférences avec ou sans partage de fichier) n'ont
pas de rôles complémentaires à partager ou de tâches
complémentaires à accomplir. L'interdépendance entre
les étudiants est donc faible et se définit selon un mode
associatif. Selon certains auteurs tels que Ricciardi-Rigault (1993),
ces approches conviennent bien à la formation d'adultes à
distance puisqu'elles valorisent l'autonomie de l'apprenant et proposent
un fonctionnement de groupe relativement souple, caractéristiques
particulièrement recherchées par les étudiants en
formation à distance.
Les technologies utilisées
À ce jour, les technologies utilisées pour l'apprentissage
collaboratif assisté par ordinateur sont peu variées. La
plupart du temps, il s'agit d'un système de communication assistée
par ordinateur (Computer Mediated Communication) (Ahern, Peck et Laycock
1992; Batson, 1992; Feenberg, 1987, 1989; Goodrum et Knuth, 1991; Harasim,
1990; Hawisher, 1992; Henri, 1992; Hiltz, 1988; Kemp, 1992; Kubota, 1991;
Mason et Kaye, 1990; Paulsen, 1993; Phillips et Santoro, 1989; Ricciardi-Rigault,
1993; Rojo, 1991; Wells, 1992). Habituellement, la communication est écrite
et asynchrone. Lorsqu'elle est synchrone, elle est encore écrite
et s'effectue par des fonctions de bavardage (chat rooms). Parfois, le
CSCL ne consiste qu'à utiliser un simple système de courrier
électronique (D'Souza, 1992; Newman, 1990).
Jusqu'à récemment, on relevait donc peu d'expériences
d'utilisation de technologies avancées pour l'apprentissage collaboratif,
telles que les systèmes de vidéoconférence sur poste
de travail autonome, ou encore les logiciels qui permettent le transfert
de graphiques, d'images animées, de la voix en direct par Internet,
ou le partage d'applications logicielles et de fichiers de travail. Ces
technologies ont été peu testées dans des contextes
éducatifs en raison de leur coût généralement
élevé, du fait qu'elles sont encore peu répandues
et à cause de l'insuffisance de la largeur de la bande passante
pour acheminer certains types d'informations (son et images animées
surtout) dans un délai raisonnable (Collectif, 1993).
Aujourd'hui, il apparaît de plus en plus clairement que la combinaison
du WEB et de la communication multimédia en direct peut fournir
un environnement collaboratif distribué riche (Dybvik et Lie, 1996;
Dix, 1996). Comme ces outils sont progressivement intégrés
au réseau Internet, ils promettent à plus ou moins court
terme d'être une ressource peu coûteuse pour le travail collaboratif
à distance.
Le développement du cours de mathématiques 103 diffusé
sur Internet a été une occasion de mettre à l'essai
certains de ces outils. Il ressort que si des outils tels que ceux qui
permettent la communication orale via Internet ou encore le partage de
fichiers ouvrent de nouvelles possibilités au plan pédagogique,
ils peuvent poser plusieurs difficultés d'ordre technique et organisationnel
aux étudiants. Par exemple, au cours de la mise à l'essai,
des difficultés telles que l'impossibilité d'obtenir le
son ou les pertes intermittentes de son ont obligé les étudiants
à réagir rapidement, ce qu'ils ont fait en se mettant en
mode de conversation par chat. Ce mode, que nous avions d'abord volontairement
écarté lors de la conception des activités (car nous
pensions qu'il serait trop laborieux pour les élèves), s'est
avéré, tout compte fait, un bon substitut aux problèmes
techniques de transmission de la voix. Néanmoins, les problèmes
de son semblent avoir monopolisé le temps et l'attention des étudiants
lors des périodes d'audioconférences, laissant moins de
place pour les échanges sur la matière. Par ailleurs, ces
communications synchrones imposent des contraintes d'horaires, dont les
participants se sont plaints à la fin de l'expérimentation.
Pour eux, l'obligation de participer à des audioconférences
à des moments précis entrave la souplesse recherchée
dans un cours à distance. Aussi, il y aurait lieu d'envisager la
possibilité de varier les plages horaires de disponibilité
des tuteurs pour des audioconférences synchrones d'une semaine
à l'autre afin de permettre à tous les étudiants
de se connecter à un moment ou l'autre du cours. Les étudiants
ont aussi éprouvé des problèmes d'incompatibilité
d'horaires avec les étudiants avec lesquels ils avaient été
pairés pour les échanges synchrones avec partage de fichier;
certains d'entre eux n'ont jamais pu faire cet exercice. On peut remédier
à ce problème en laissant les étudiants convenir
du moment de leurs «rencontres virtuelles» plutôt que
de les préprogrammer.
Il faut néanmoins souligner que malgré les difficultés
technologiques et organisationnelles rencontrées, les participants
ont dans l'ensemble grandement apprécié les diverses possibilités
de communication avec les autres étudiants et avec les tutrices
qui leur étaient offertes dans ce cours. Ils apprécient
les activités synchrones, à la condition qu'elles ne soient
pas toutes obligatoires.
Les méthodes d'enseignement
ou d'apprentissage
Dans le corpus étudié, six expériences d'apprentissage
collaboratif réfèrent explicitement à l'apprentissage
par projet (Brothen, 1991; D'Souza, 1992; Newman, 1992; Resnick, 1992;
Riel, 1992; Sullivan, 1993) et huit à la résolution de problèmes
et aux études de cas (Geban, Askar et Özkan, 1992; Haynes,
1993; Kneedler, 1993; Koshman et al., 1992; Kubota, 1991; Phillips et
Santoro, 1989; Roschelle, 1992; Sullivan, 1993). Les laboratoires de sciences
font l'objet de onze études (Casey, 1992; Goldman, 1992; Gorsky
and Finegold, 1992; Kneedler,1993; Lehman et al., 1992; Newman, 1990,
1992; Nott, Riddle et Swart, 1993; Roschelle,1992; Salomon, 1992; Snir,
1988). Henri et Lundgren-Cayrol (1996) identifient, pour leur part, la
fouille collective, l'analyse critique, le débat, la prise de décisions
et la résolution de problème, comme étant des activités
d'apprentissage propices au contexte de télédiscussion.
Il semble que ces différentes activités ou méthodes
d'enseignement/apprentissage se prêtent bien à la création
d'un lien d'interdépendance entre les coéquipiers et qu'elles
se marient particulièrement bien à l'utilisation de nouvelles
technologies. D'ailleurs, plusieurs auteurs qui avaient étudié
l'une ou l'autre forme d'enseignement collaboratif pendant plusieurs années
se sont spontanément intéressés aux possibilités
des nouvelles technologies de l'information et des communications pour
appuyer ce mode d'enseignement. C'est le cas de Barrows (1986), Koschman,
et al. (1992), pour l'apprentissage fondé sur la résolution
de problèmes en médecine, ou de Sullivan (1993) et de Brothen
(1991) pour la méthode des projets.
Toutefois, contrairement aux tendances relevées ou recommandées
dans la littérature quant aux méthodes d'enseignement/apprentissage
choisies pour mettre en uvre une démarche d'apprentissage
collaboratif, le cours retenu pour l'expérimentation est axé
sur une méthode d'enseignement traditionnelle dans laquelle l'apprentissage
est déductif, comme c'est souvent le cas dans un cours de mathématiques
donné en présentiel. Pour l'essentiel, la méthode
est orientée vers la présentation de concepts, suivie de
périodes de mise en application des concepts énoncés
et d'exercices individuels qui leur sont directement reliés. Les
spécialistes de contenu ont mis un soin particulier à améliorer
les documents explicatifs du cours traditionnel à distance, par
l'ajout de graphiques animés ou de lectures interactives. Les activités
collaboratives ne viennent que soutenir la démarche individuelle
de consultation de ces documents. Aucune production commune n'est demandée
aux étudiants, comme dans la réalisation d'un projet ou
la résolution d'un problème en équipe. Les activités
collaboratives se limitent à la télédiscussion libre,
au dépannage, à l'échange de processus de résolution
de problèmes, au soutien affectif et à la correction, à
deux, d'exercices résolus individuellement. Bien que la pertinence
de ces activités ne soient pas remise en question, force est de
constater que la méthode d'enseignement qui les encadre ici n'offre
pas toutes les conditions propices à une véritable démarche
de co-construction des connaissances.
La conception d'activités collaboratives à distance ne
va pas de soi, pour qui est habitué à l'enseignement selon
des méthodes traditionnelles, que ce soit en présentiel
ou dans des cours par correspondance. Certains auteurs ont étudié
de façon spécifique l'attitude des enseignants face à
une innovation telle qu'un environnement d'apprentissage collaboratif
assisté par ordinateur (Hiltz,1988; Moran et Klem, 1992). L'une
de leurs conclusions est que les enseignants (concepteurs et tuteurs)
doivent adopter une pédagogie centrée sur l'apprenant et
être formés à la planification d'activités
adaptées à l'environnement d'apprentissage intégrant
les nouvelles technologies de l'information et des communications (Moran
et Klem, 1992; Chomienne, 1993; Davis, 1992).
Le type d'apprentissage visé dans les
activités collaboratives
Pour plusieurs auteurs, dont Harasim (1990), Hiltz (1988), Hooper et
Hannafin (1991), les activités d'apprentissage collaboratif intégrant
les nouvelles technologies (particulièrement la téléconférence
assistée par ordinateur) conviennent bien à des activités
mettant en oeuvre des processus mentaux d'ordre supérieur comme
l'élaboration d'un essai (Feenberg, 1987), l'inférence de
lois scientifiques à l'aide de simulations en sciences (Goldman,
1992) ou l'analyse critique de textes (Goodrum et Knuth, 1991).
Le cours de mathématiques 103 semblait, selon ces critères,
un bon candidat à une situation d'apprentissage collaboratif assisté
par ordinateur, puisqu'il vise le développement d'habiletés
de raisonnement mathématique de haut niveau intellectuel. Cependant,
les activités collaboratives qui ont été conçues
ne sont sans doute pas toutes optimalement adaptées à cette
fin. Comme on l'a vu, elles ont été orientées vers
la simple mise en commun de stratégies d'application de concepts
précédemment acquis individuellement par consultation de
documents explicatifs.
C'est l'activité de communication synchrone en équipe de
deux personnes, avec visualisation d'un même fichier et alternance
du contrôle de l'outil, qui est peut-être la plus valable
ici car elle permet aux participants de confronter directement leurs stratégies
de raisonnement. Le potentiel de ce type d'activités pour favoriser
le développement d'habiletés de haut niveau intellectuel
a été jusqu'à maintenant peu évoqué
dans les écrits portant sur l'apprentissage collaboratif à
distance.
Le rôle de l'enseignant
Dans les démarches d'apprentissage collaboratif ou coopératif,
le rôle fondamental de l'enseignant (ou du tuteur) est celui de
facilitateur : il doit offrir un soutien à la démarche d'apprentissage
sur une base individuelle et collective (Ricciardi-Rigault, 1993). Henri
et Lundgren-Cayrol (1996) identifient, pour leur part, quatre rôles
distincts que le tuteur exerce dans les télédiscussions,
soit les rôles de modérateur, facilitateur, animateur et
évaluateur. Le modérateur fournit la structure de la matière,
suggère des stratégies cognitives, propose des méthodes
de travail, établit des liens entre les idées ou les concepts
et sert de modèle de collaboration. Le facilitateur stimule la
recherche d'informations, soutient et encourage l'élaboration des
connaissances, clarifie le contenu, etc. L'animateur voit au bon fonctionnement
du groupe, stimule la réflexion, la rétroaction, etc. Enfin,
l'évaluateur évalue et surveille le processus et le climat
du groupe, spécifie les modalités d'évaluation, fait
l'évaluation des apprentissages, etc.
Selon Berge (1996), les rôles de l'enseignant dans les téléconférences
se manifestent dans quatre domaines:
- domaine pédagogique: le modérateur/tuteur favorise la discussion
en posant et suscitant des questions, fournissant des indices, en faisant
des mises au point et des synthèses, etc.
-
domaine social: il doit créer un environnement amical, favoriser
les interactions entre les étudiants, développer la cohésion
du groupe, aider les membres à travailler ensemble, etc.
-
domaine organisationnel: il doit fixer certaines règles du jeu
et voir à leur application (objectifs des discussions, échéancier,
règles de procédures, etc.)
-
domaine technique: il doit chercher à ce que la technologie soit
la plus transparente possible pour les participants.
Certains auteurs relèvent également par ailleurs le rôle
de l'enseignant dans le domaine affectif ; par exemple, il doit chercher
à diminuer l'anxiété que peut occasionner le manque
de contact direct entre pairs (Feenberg, 1987).
Le modérateur/tuteur des activités collaboratives dans
un environnement assisté des technologies de l'information et des
communications, tout comme l'enseignant qui supervise des activités
collaboratives en classe, doit donc posséder des qualités
particulières de gestion de travail de groupe, « d'hôte
social et d'animateur de rencontres » (Hiltz et Turoff, cités
dans Feenberg, 1987). Gray et O' Grady (1993) insistent également
sur l'importance de confier le téléenseignement à
des enseignants ayant de bonnes habiletés d'organisation, puisque
parfois ils ont aussi pour rôle d'assurer la gestion du système
technique.
Les tuteurs du CCFD sont majoritairement des enseignants de collèges;
bien souvent, ils ont eux-mêmes conçu le cours en formation
à distance. Cette situation était celle du cours de mathématiques
103, tant dans sa version écrite que dans sa version diffusée
sur Internet. Les tutrices semblent avoir adopté spontanément
les différents rôles proposés par Henri et Lundgren-Cayrol
(1996). Par exemple, en tant que modératrices, elles ont suggéré
aux étudiants des démarches d'apprentissage différentes
selon les difficultés qu'ils rencontraient. En tant que facilitatrices,
elles ont eu à l'occasion pour rôle de corriger les exercices
d'un étudiant en partage de fichier et de lui apporter certaines
clarifications au besoin. En tant qu'animatrices, les tutrices surveillaient
notamment le contenu des questions adressées sur la matière
en demandant aux élèves qui les avaient posées de
clarifier celles qui étaient imprécises et de les reformuler
si nécessaire. Les tutrices pouvaient également renvoyer
au groupe les questions leur étant adressées spécifiquement
par un participant en incitant chacun à y répondre. Toutefois,
elles n'ont pas effectué d'activités spécifiques
pour évaluer ou favoriser la cohésion et la productivité
du groupe. En tant qu'évaluatrices, elles étaient responsables
d'évaluer le devoir-synthèse noté que les étudiants
avaient à effectuer à la fin des deux modules.
Les tutrices ont elles-mêmes souligné en entrevue le changement
de rôle qu'elles ont dû assumer par rapport à celui
qu'elles adoptent généralement dans un cours à distance
traditionnel. Elles font référence notamment aux nouvelles
tâches d'animation et d'organisation qui leur sont apparues non
négligeables. En fait, selon elles, le tuteur dans un tel cours
est davantage actif qu'un tuteur dans les cours à distance traditionnels
et tout aussi actif que dans un contexte de classe.
Il importe de reconnaître qu'un cours incluant des activités
collaboratives à distance exige de la part des tuteurs une disponibilité
peu commune. Dans l'expérimentation, les élèves pouvaient
poser des questions en tout temps et étaient assurés d'obtenir
une réponse, ou tout au moins une réaction dans les quarante-huit
heures. Et rappelons que la mise à l'essai ne comptait que six
participants pour deux tutrices et un dépanneur technique! Il est
certain que la nouveauté de l'environnement technologique et des
processus utilisés ont compté dans la charge de travail.
Il n'en reste pas moins qu'un tel cours diffusé sur Internet et
incluant des téléconférences, audioconférences
et sessions de partage de fichiers, demande un suivi pratiquement quotidien
de la part des tutrices. Une telle situation pourrait éventuellement
obliger le CCFD à réviser l'ensemble de ses processus de
fonctionnement. Il faut se demander notamment comment assurer l'efficacité
d'une telle pratique de tutorat avec des groupes plus importants. Là
se confirme le discours qui veut que l'introduction des technologies de
l'information et de la communication dans une organisation devrait être
accompagnée d'une réingénierie de tous les processus
de travail de cette organisation (Rocheleau et Basque, 1996).
Le degré d'engagement des étudiants
dans les activités collaboratives
À la suite d'expériences de téléconférences
asynchrones textuelles effectuées à la Télé-université,
Ricciardi-Rigault (1993) rapporte que ces échanges favorisent une
plus grande liberté d'expression et plus de spontanéité,
compte tenu du peu de pressions sociales découlant de l'absence
physique des personnes. Toutefois, Henri et Lundgren-Cayrol (1996) rapportent
que l'absence de présence sociale peut aussi au contraire freiner
la participation et l'engagement parce que les participants n'arrivent
pas à percevoir s'ils sont acceptés par le groupe ni à
savoir quelle position ils occupent au sein du groupe. L'absence de pression
sociale peut aussi encourager l'individualisme.
Dans le projet du CCFD, les étudiants ont démontré
leur engagement et leur implication par leur présence virtuelle
à presque toutes les soirées d'audioconférence et
de disponibilité des tutrices pour encadrement par téléphone
sur Internet, bien que ce ne soit pas tous les participants à la
fois qui étaient présents.
Les messages dans les forums de discussion qui auraient dû traduire
l'engagement des étudiants n'ont pas été aussi nombreux
que souhaités. Il faut noter que le technicien a éprouvé
des difficultés avec l'installation du système de forums
électroniques, qui n'a été fonctionnel chez tous
les étudiants qu'à la troisième semaine de la mise
à l'essai. La consultation des forums se fait beaucoup plus fréquemment
que les interventions dans les forums et certains étudiants ne
sont à peu près pas intervenus dans ces lieux d'échanges,
ce qui montre un engagement mitigé de leur part et confirme l'importance
d'une animation plus serrée afin de susciter la participation de
tous les étudiants. La courte durée de la mise à
l'essai est aussi un facteur à considérer : comme l'ont
signalé presque tous les élèves, leur participation
dans les forums de discussion, et particulièrement celui qui portait
sur la matière, aurait été plus grande si la mise
à l'essai s'était poursuivie, car le niveau de difficulté
de la matière augmentant, le besoin d'aide aurait été
plus grand. Ceci démontre que les télédiscussions
libres doivent répondre à un besoin réel d'échanges
ressenti par les étudiants et qu'il ne sert à rien de forcer
artificiellement la communication lorsqu'elle n'est pas motivée.
Par ailleurs, la personnalisation de la communication et l'intimité
du courrier électronique font qu'il s'est avéré un
outil important autant dans les fonctions d'enseignement/apprentissage
que dans les fonctions sociales et de soutien affectif. En effet, le courrier
électronique est le canal de communication qui a été
le plus utilisé, autant d'étudiant à étudiant
que des étudiants aux tutrices et au dépanneur technique.
Autre fait intéressant à noter, plutôt que de s'en
tenir uniquement à la correction commune de ces exercices tel que
prévu dans le cours, deux élèves ont spontanément
utilisé le système de partage de fichier à plusieurs
reprises pour résoudre ensemble les exercices du cours. De leur
point de vue, les discussions qu'elles ont eues lors de ces activités
ont permis de renforcer significativement leur compréhension des
notions du cours. Aussi, il peut être intéressant d'encourager
l'élaboration spontanée de certaines activitées collaboratives
par les étudiants eux-mêmes.
La composition des équipes de travail
La composition de l'équipe (Hooper et Hannafin,1988, 1991) et
le nombre de participants dans un groupe sont des thèmes propres
aux méthodes d'apprentissage collaboratif et que certains auteurs
ont étudiés dans des expériences avec les technologies
de l'information et des communications.
Comme le soulignent Henri et Lundgren-Cayrol (1996), les techniques utilisées
pour regrouper les étudiants exercent un effet sur le type et l'ampleur
de l'interdépendance à l'intérieur des groupes. Le
formateur peut soit regrouper les étudiants au hasard, soit selon
les affinités de chacun ou encore en fonction des compétences
de chacun. Il peut aussi laisser aux étudiants le soin de se regrouper
entre eux. Il s'agit là toutefois d'une étape qui requiert
une organisation rigoureuse, si l'on souhaite démarrer le véritable
travail d'équipe rapidement.
Les recherches sur l'apprentissage collaboratif tendent à montrer
que tant les regroupements homogènes qu'hétérogènes
en termes d'habiletés des étudiants dans la discipline concernée
peuvent être utilisés efficacement mais que ce sont les regroupements
hétérogènes qui conduisent à plus d'effets
bénéfiques sur l'apprentissage (Johnson et Johnson, 1996).
Hooper et Hannafin (1991) ont trouvé, pour leur part, que dans
un environnement de travail coopératif basé sur l'ordinateur,
les élèves faibles sont ceux qui profitent le plus d'un
groupement hétérogène.
Pour ce qui a trait au nombre de participants, certains auteurs recommandent
que les téléconférences de discussion regroupent
au moins quinze personnes afin d'assurer une masse critique de messages,
alors que, pour les téléconférences visant la réalisation
commune d'un projet, les groupes devraient être de petite taille
(Ricciardi-Rigault, 1993).
Dans le cas de l'expérience du CCFD, notons d'abord que le nombre
de participants était limité (six étudiants au total),
ce qui pourrait expliquer en partie la faible quantité de messages
dans les forums de discussion si l'on en croit Ricciardi-Rigault. Selon
leur propre évaluation de leur compétence en mathématiques,
les étudiants formaient un groupe plutôt homogène.
Ils se sont tous déclarés dans la moyenne ou au-dessus de
la moyenne avant le début de la mise à l'essai. Ce n'est
toutefois pas le cas de l'ensemble de la population du cours de mathématiques
103 à distance, qui comprend aussi bien des élèves
de CEGEP qui suivent une formation d'ordre collégial initiale que
des adultes en recyclage.
Pour les séances de partage de fichier, les tutrices avaient décidé
de pairer elles-mêmes les étudiants. Le hasard a fait qu'une
élève plus faible en mathématiques et également
peu familière avec les ordinateurs s'est retrouvée avec
une étudiante performante dans la discipline et relativement à
l'aise avec les technologies. Elles ont reconnu mutuellement que leur
interaction leur avait été bénéfique, tant
sur le plan de l'acquisition de connaissances en mathématiques
que sur le plan social et affectif. Pour d'autres étudiants, le
pairage fut moins heureux du fait qu'ils rencontraient d'importants problèmes
d'incompatibilité d'horaire. Tel que déjà mentionné,
ce point est donc à considérer lors de la conception d'activités
collaboratives synchrones.
La valeur sociale des activités collaboratives
Plusieurs auteurs, entre autres Gray et O'Grady (1993), Riel (1992)
et Rojo (1991), mettent en évidence l'importance de l'aspect social
dans les expériences d'apprentissage collaboratif assisté
par les technologies de l'information et des communications. Rojo (1991)
rapporte que, dans une téléconférence assistée
par ordinateur s'étant déroulée à l'Ontario
Institute of Science Education (OISE), les usagers ont surtout utilisé
le système pour s'envoyer des messages à caractère
social. Riel (1992) fait valoir l'avantage de l'utilisation d'un réseau
de AT&T dans la formation des enseignants, notamment pour augmenter
leur estime personnelle et améliorer leurs relations professionnelles
avec leurs pairs. Gray et O'Grady (1993) font remarquer que se développe
une meilleure compréhension entre professeurs et élèves.
L'utilisation des nouvelles technologies de l'information pour l'apprentissage
collaboratif favoriserait également le développement du
sens de l'appartenance à une communauté (LeBlanc, 1992;
Goldman, 1992; Gray et O'Grady, 1993).
Bien que les participants à la mise à l'essai du cours
de mathématiques 103 venaient de programmes et d'établissements
différents, ils se sont rapidement sentis comme faisant partie
d'un même groupe. Parmi les forums disponibles dans le cours de
mathématiques 103 sur Internet, c'est le forum d'échanges
à caractère social qui a été le plus utilisé.
Trois étudiants ont déploré la courte durée
de la mise à l'essai car leur expérience de ce canal d'échanges
a stimulé chez eux un désir de mieux connaître leurs
pairs. Par ailleurs, il est intéressant de noter que, pour un étudiant,
l'un des avantages de la communication à distance est qu´«il
n'y a pas de préjugés parce que tu ne vois pas les gens
» de sorte que les coéquipiers peuvent se concentrer uniquement
sur le contenu des échanges. L'importance de la valeur sociale
et affective des activités d'apprentissage collaboratif est donc
confirmée dans cette expérimentation.
L'évaluation des étudiants
Aucune expérience, dans celles que nous avons relevées,
n'a soulevé directement le problème de l'interdépendance
des étudiants lorsqu'il s'agit d'évaluer les apprentissages.
Certains auteurs tels que Brothen (1991) et D'Souza (1992) ont étudié
la diffusion et l'administration de tests via un système de courrier
électronique ou un système de mise en réseau des
étudiants. Cependant, ce mode d'évaluation était
toujours individuel. Quant à Mason (1993), elle rapporte les résultats
de trois expériences mises en place pour analyser trois modes d'évaluation
des étudiants à partir de leur travail dans un système
de téléconférences. Ses conclusions générales
sont que le fait de demander aux étudiants de faire leurs travaux
sur le système n'entraîne pas forcément une utilisation
continue du système; qu'il faut planifier l'évaluation via
le système en relation avec les autres stratégies d'évaluation
et que la majorité des étudiants et des tuteurs acceptent
le caractère obligatoire des travaux via le système. Mason
(1993) ajoute que certains sont même très enthousiastes.
Dans le cadre du cours de mathématiques 103 expérimenté
sur Internet, les activités collaboratives n'étaient pas
notées et seul un devoir-synthèse individuel était
demandé aux étudiants. Il n'y avait donc pas d'interdépendance
sur ce plan. Cependant, il semble souhaitable de soumettre les activités
collaboratives à l'évaluation sommative, ne serait-ce que
pour un minime pourcentage de la note globale. Cela permet de souligner
toute l'importance accordée à la co-construction des connaissances
par le concepteur du cours.
Il pourrait être intéressant d'explorer diverses formes
d'évaluation des travaux collectifs bien que la plupart du temps,
les institutions d'enseignement imposent certaines contraintes à
cet égard. Quoi qu'il en soit, il est généralement
recommandé d'évaluer les contributions personnelles de chacun
dans les travaux d'équipe (Slavin,1985).
Conclusion : Quelques recommandations pour
la conception d'activités d'apprentissage
collaboratif sur Internet
Certains participants ont rapporté que les activités collaboratives
contribuent à créer un environnement d'apprentissage comparable
à celui en classe à plusieurs points de vue, notamment la
présence d'un groupe d'appartenance et la disponibilité
d'un professeur. Pour une autre étudiante déjà familière
avec la formation à distance, la formule du cours sur Internet
est de beaucoup supérieure à celle par correspondance et
permet un échange avec d'autres étudiants comparable au
cours en classe. Les tutrices ont également eu cette impression
: pour elles, les outils de communication offerts dans l'environnement
du cours leur permettaient de retrouver la dynamique d'une classe, ce
qu'elles n'avaient jamais senti en tant que tutrices dans les cours plus
traditionnels du CCFD. Ces constatations renforcent les institutions dans
leur hypothèse que les technologies offrent maintenant des possibilités
de communication qui vont aider les étudiants à sortir de
leur isolement. Cependant, la mise à l'essai du cours de mathématiques
103 sur Internet au CCFD a permis de mettre en évidence l'importance
de planifier avec soin les activités collaboratives à distance.
Plus spécifiquement, l'analyse critique des activités collaboratives
du cours nous a permis de tirer quelques leçons quant au design
d'activités collaboratives utilisant le réseau Internet.
Ce sont ces enseignements dont on a fait état tout au long du présent
article, que l'on retrouve ci-après résumés sous
forme de réponses à des questions que les concepteurs de
cours sur internet pourraient se poser.
Doit-on développer des activités collaboratives
ou des activités coopératives?
- Dans un contexte de formation à distance, favoriser des activités
collaboratives plutôt que coopératives, car elles sont plus
souples et font appel à l'autonomie des apprenants;
-
Voir à créer une interdépendance positive, que ce
soit via un but commun, une tâche commune, des rôles complémentaires
à endosser, des récompenses de groupe, une identité
de groupe, une division de ressources, etc.
Comment tirer le meilleur parti des technologies utilisées?
- Au moment de la conception du cours, faire des tests techniques des outils
de communication dans des situations d'utilisation similaires à
celles que vivront les étudiants;
-
Faire participer les concepteurs de cours aux tests techniques réalisés
au cours de l'étape de conception, afin qu'ils se familiarisent
avec le potentiel de ces technologies pour les activités collaboratives;
-
Lorsque de multiples outils sont utilisés, bien faire ressortir
leur utilité spécifique pour l'étudiant;
-
Développer un environnement de travail le plus intégré
possible pour l'élève, c'est-à-dire que l'accès
aux différents outils puisse se faire lorsque nécessaire
à partir du navigateur par un simple clic de souris;
-
Suggérer aux étudiants d'utiliser le chat comme alternative
aux problèmes de son.
Comment garder à la formation à distance
toute sa flexibilité?
- Ne pas rendre obligatoires toutes les activités synchrones ;
-
Si possible, laisser les étudiants proposer leur partenaire (à
cause des problèmes d'horaire), quitte à avoir une discussion
avec eux lorsque le regroupement s'avère problématique (par
exemple, dans le cas de deux étudiants faibles);
-
Laisser les étudiants convenir du moment de leurs «rencontres
virtuelles» plutôt que de les préprogrammer.
Quelle(s) méthode(s) d'enseignement/apprentissage doit-on favoriser?
- Adopter une pédagogie centrée sur l'apprenant et sur l'apprentissage
collaboratif ; au besoin, suivre une formation portant sur ces approches;
-
Concevoir des activités qui favorisent une véritable démarche
de co-construction des connaissances (par exemple, la réalisation
d'un projet, la résolution de problèmes, l'étude
de cas, le débat, etc.
-
Concevoir des activités qui favorisent la confrontation de points
de vue ; par exemple, en faisant travailler les étudiants en synchrone
sur un même document.
Quels types d'apprentissage doit-on viser?
- Concevoir des activités collaboratives qui visent les habiletés
d'ordre supérieur.
Quelles sont les implications des activités collaboratives pour
le formateur (ou le tuteur)?
-
Former les tuteurs aux nouveaux rôles que les activités
collaboratives leur font jouer : modérateur, facilitateur, animateur
et évaluateur;
-
Prévoir une disponibilité pratiquement quotidienne de la
part des tuteurs;
-
Mettre en évidence les habiletés d'organisation, d'animation
sociale et de gestion de travail de groupe nécessaires au tuteur;
-
Favoriser une réingénierie de tous les processus de travail
dans l'organisation afin de soutenir les nouvelles fonctions des tuteurs.
Comment s'assurer de l'engagement des étudiants?
- Pour les contacts synchrones avec les tuteurs, varier les plages horaires
de disponibilité à chaque semaine afin de contrer les incompatibilités
d'horaires;
-
Dans les forums, effectuer une animation serrée pour susciter la
participation et maintenir un ton amical;
Appuyer les télédiscussions sur des besoins réels
d'échanges;
-
Offrir aux apprenants un outil tel que le courrier électronique
pour les communications personnelles et intimes;
-
Laisser les étudiants décider eux-mêmes de ce qu'ils
souhaitent faire au cours de certaines activités synchrones.
Comment regrouper les étudiants lors des activités collaboratives?
- Favoriser des regroupements hétérogènes en termes
d'habiletés dans la discipline;
-
Surveiller les problèmes d'incompatibilité d'horaires entre
les étudiants si le pairage est fait par le formateur;
-
Si on laisse le choix aux étudiants de se regrouper, prévoir
une démarche d'organisation très précise afin de
ne pas retarder le début des activités collaboratives.
Quelle place donner aux échanges d'ordre social?
- Reconnaître qu'il s'agit d'un élément important dans
le cours;
-
Prévoir des « lieux » spécifiques pour les échanges
sociaux.
Quelles sont les implications des activités collaboratives pour
l'évaluation des apprentissages?
- Prévoir une évaluation sommative des activités collaboratives;
-
Évaluer la contribution personnelle de chaque membre d'un groupe
dans les travaux collectifs.
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Les résultats complets de cette mise à l'essai sont présentés
dans un rapport interne du CCFD, rédigé par Sonia Rioux
et Josianne Basque.
Le projet RECTO est un projet subventionné par le Fonds de l'autoroute
de l'information du Québec. L'objectif général de
ce projet est de développer sur Internet des contenus de téléformation
en français. Les partenaires du projet sont nombreux, entre autres
la Télé-université, Novasys et Bell Québec.
Ce projet est en cours depuis l'automne 1995 et se poursuivra jusqu'en
juin 1998.