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LA FORMATION À DISTANCE EN FORMATION CONTINUE: donner à l'adulte la maîtrise de sa formation

par CLIFAD


Sommaire exécutif

synthèse du mémoire soumis parle Comité de liaison de la formation à distance (CLIFAD)
En vue des audiences publiques de consultation portant sur le document
Vers une politique de la formation continue

le 30 octobre 1998


Madame,
Monsieur,

Nous avons voulu dans notre mémoire vous livrer des messages cruciaux pour nos élèves et pour nos étudiants, pour nos enseignants et pour nos organisations.

Nous aimerions prendre quelques minutes pour vous rappeler ces messages et pour les expliciter davantage. Nous commencerons, si vous le permettez, en vous parlant de nous.

Notre mémoire est le produit d'une concertation des trois principaux organismes québécois de formation à distance; la Société de formation à distance des commissions scolaires du Québec (Sofad), le Centre collégial de formation à distance (CCFD) et la Télé-université. Ensemble, nous rejoignons environ les deux tiers des élèves et étudiants de la formation à distance au Québec.

Nous avons choisi de déposer un mémoire conjoint pour témoigner de notre volonté de concertation et pour mettre en lumière la parenté de notre vision des besoins et de l'importance de la formation à distance. La formulation de ce mémoire a donc été confiée au Comité de liaison de la formation à distance (Clifad). À l'intérieur de ce comité, nous avons développé des valeurs communes et une conception partagée de la formation à distance. Nos trois organisations ont, par ailleurs, des modes d'organisation assez voisins. Nous envisageons aussi l'intention d'accentuer nos échanges dans l'avenir, par exemple en mettant en commun certains services techniques, comme la supervision des examens.

La présente consultation sur le projet de politique sur la formation continue est pour nous un moment stratégique. Nous voulons d'une part faire valoir la contribution de la formation à distance à la formation continue des adultes du Québec. D'autre part, nous avons l'intention de saisir cette occasion pour rectifier certaines perceptions à l'égard de la formation à distance et surtout pour expliquer l'importance qu'aurait pour nous la formulation d'une politique spécifique de formation à distance.

Pour une vision moderne de la formation à distance.

Au Québec, la formation à distance dessert entre 50 000 et 60 000 personnes. A l'ordre collégial et à l'ordre universitaire, environ 15 000 d'entre eux sont des personnes inscrites dans un établissement d'enseignement, bien souvent à temps plein. Nous ne sommes donc pas exclusivement des organisations de formation continue. Nous intervenons également auprès de personnes inscrites en formation initiale. Cela n'est pas sans nous poser des défis particuliers devant lesquels nous craignons parfois de manquer de moyens.

Sur les plans des modes de formation, nous intervenons encore, le plus souvent, par la voie de l'imprimé. Nous avons par contre recours à une grande variété de moyens de communication et de formation (téléphone, bandes audio et video, cédéroms, internet). Certes, ce sont là des médias déjà utilisés dans d'autres milieux, mais pas avec la même intensité qu'en formation à distance.

Le monde de la formation à distance vit par ailleurs des défis qui lui sont spécifiques. Le développement de nouveaux cours requiert des investissements massifs et l'encadrement des élèves et des étudiants est appelé à se faire selon des formes de plus en plus diversifiées.

Il nous faut parvenir à relever ces défis en même temps que nous devrons renverser des perceptions ou des préjugés dépassés. On persiste à croire dans certains milieux que la formation à distance ne peut, tout au plus, que diffuser des informations théoriques; qu'elle est incapable de faire partager des valeurs, de faire intégrer des attitudes et de développer des habiletés pratiques. On perçoit même des traces de ces perceptions dans le projet de politique sur la formation continue, où on prétend que la formation à distance serait moins appropriée au développement des compétences professionnelles.

Dans les milieux de l'enseignement, on craint parfois que la formation à distance n'entraîne l'abolition massive de postes d'enseignants et leur remplacement par des tuteurs moins qualifiés et surtout moins rémunérés. Ces craintes et ces préjugés sont sans fondements. Mais, ils ne sont pas sans effets.

Surtout, on ignore les avantages de la formation à distance, ses succès, ses standards de qualité et sa vitalité au Québec comme ailleurs dans le monde. On n'a pas encore pris conscience de son opportunité dans la société moderne, ni de son potentiel pour la reconnaissance nationale et internationale de notre expertise, tant sur le plan des contenus que sur celui des stratégies d'apprentissage. Nos organisations peuvent offrir des produits et des services de classe internationale. Nous pouvons contribuer à la renommée des organisations et des enseignants du Québec.

C'est notamment en fonction de ces réflexions que nous en sommes venus à la conclusion qu'une politique de la formation continue ne pouvait encadrer toute l'action des organisations de formation à distance. Nous souhaitons donc qu'on aille plus loin.

  • Nous invitons le ministère de l'Éducation à se doter d'une politique spécifique de la formation à distance qui déborde le seul champ de la formation continue et nous l'assurons de notre collaboration dans la formulation de cette politique.

  • Nous croyons tous trois que l'adoption d'une telle politique viendra contribuer à la crédibilité de ce mode de formation et qu'elle pourra orienter les actions et les investissements des divers acteurs du réseau de l'éducation.

  • Nous suggérons que cette future politique propose des objectifs et des mandats explicites pour les organismes de formation à distance, notamment dans la diversification des modes de formation, dans l'appropriation des technologies de la communication par le réseau de la formation et dans le rayonnement du réseau québécois d'éducation à l'échelle internationale.

  • Nous demandons également que son application soit placée sous l'autorité d'un haut responsable au niveau ministériel.

Pour un modèle de formation à distance fondé sur les besoins des individus.

Les trois organismes publics spécialisés en formation à distance au Québec croient en l'importance de décentraliser la formation. Nous pensons que le service doit être livré jusqu'à la personne dans son foyer ou son lieu de travail. La formation à distance est pour nous un mode d'apprentissage personnalisé et individualisé. Sa caractéristique principale est de permettre aux personnes, par le recours à la médiatisation, de poursuivre leur cheminement d'apprentissage au moment de leur choix, au lieu de leur choix et au rythme qui leur convient.

En ce sens, nous nous inscrivons dans le courant dominant à l'échelle mondiale illustré par des grandes organisations comme l’Open University en Grande-Bretagne, le Centre national d'enseignement à distance (CNED) en France ou les différentes méga-universités dans le monde. A la différence du mouvement initié dans certaines provinces canadiennes, nous ne visons pas, de façon générale, à reproduire la classe à distance, mais à dégager les individus des contraintes inhérentes à l'enseignement à des groupes. Nos activités de formation sont donc le plus souvent asynchrones, très flexibles et personnalisées.

Une telle approche a le grand avantage de permettre une conciliation plus harmonieuse des exigences de la vie professionnelle, de la vie familiale et des études. Cela est d'autant plus important que la majorité des effectifs de la formation à distance est composée de femmes, le plus souvent actives en emploi et même ayant charge d'enfants.

Cette approche présuppose, par contre, une plus grande concentration de ressources et un plus lourd investissement durant les phases de conception et de production des cours. Mais, elle permet cependant des économies appréciables en raison de la grande quantité de personnes qu'il devient possible de desservir, en autant qu'on puisse avoir accès aux élèves et aux étudiants dans toutes les régions.

Ainsi, l'une des exigences de notre modèle de formation est que le service soit décentralisé jusqu'à l'individu alors que la conception et la production du matériel de formation sont mises en commun dans un centre spécialisé. La décentralisation en formation à distance va de pair avec l'individualisation de l'apprentissage bien davantage qu'avec la régionalisation des services. C'est pourquoi, nous vous invitons à être prudent dans la mise en place d'instances interordres régionales de concertation en éducation.

Sur la base de ces considérations :

  • Nous réclamons qu'on reconnaisse l'opportunité de ce modèle de formation et qu'on évalue désormais la contribution de la formation à distance aux services à la population davantage par son aptitude à faciliter la conciliation des exigences travail-famille-études que par sa capacité à recruter des élèves et des étudiants dans les régions éloignées.

  • Nous invitons également les promoteurs du projet de politique sur la formation continue à se montrer prudent sur la formulation du mandat des instances interordres régionales, de telle sorte que ce mandat n'entre pas en contradiction avec les conditions de succès de la formation à distance.

  • Unanimement, nous estimons que le temps est venu de se pencher à nouveau sur le modèle d'organisation de la formation à distance au secondaire de façon à renforcer la capacité de la Sofad de rendre les services de formation à distance partout au Québec ainsi que sa capacité d'investir dans le développement de son répertoire de cours.

Pour le soutien à l'utilisation des nouvelles technologies de la formation.

Le monde de la formation à distance est résolument moderne et se tourne tout naturellement vers les nouveaux moyens que la technologie peut offrir. Alors que dans d'autres milieux, on a souvent un réflexe de méfiance à l'égard des nouvelles technologies, l'attitude est tout à l'opposé en formation à distance.

Aussi, vous nous permettrez sûrement de vous signaler qu'il ne peut suffir, pour favoriser un plus large recours aux nouvelles technologies en formation, d'appeler les organismes de formation à distance à moderniser leur offre de services ou de nous inviter à prévoir dans nos plans de développement, l'utilisation des nouvelles technologies.

Nous investissons déjà en cette matière toute la marge de manoeuvre que nous pouvons dégager. Par exemple, la Sofad offre, avec un succès remarquable, le cours Du français sans fautes par le réseau Internet. Le CCFD y offre pour sa part un cours d'introduction à la psychologie pour lequel il s'est vu décerner, en 1998, le Prix d'excellence en conception pédagogique de l'Association canadienne d'éducation à distance (ACED). En tout, en 1998-1999, il diffusera 11 cours par le réseau Internet. Nous ajouterons bientôt un cours développé avec le Centre collégial de développement du matériel didactique portant sur les méthodes des sciences humaines qui sera entièrement disponible sur cédérom. La Télé-université, pour sa part, compte déjà 17 cours entièrement offerts par le réseau Internet. Elle y offre notamment tous les cours du certificat de premier cycle en informatique. Elle planifie pouvoir offrir à compter de l'an prochain un encadrement télématique pour chacun de ses 265 cours.

Nous aimerions faire plus, mais nous sommes limités par les moyens. Il faut en effet savoir que les coûts du développement de cours sur imprimé, sur support informatique ou ayant recours à la technologie du cédérom, sont forts différents les uns des autres. Si on peut produire un cours sur imprimé à partir de 50 000$, il faudra compter au moins le double pour produire un cours diffusé sur Internet et encore plus (200 000$ et souvent beaucoup plus) si on veut utiliser le cédérom.

Les investissements sont donc parfois très lourds. Or, le plus souvent, les organismes de formation à distance ont dû trouver à même leurs ressources régulières les marges de manoeuvre requises. De plus, alors que de tels coûts auraient dû inciter les décideurs à concentrer les ressources dans les lieux les plus appropriés, on a encore parfois choisi de les disperser.

La politique de la formation continue ferait une œuvre utile si, en plus de rappeler l'importance stratégique de concentrer les efforts de recherche et développement, elle pouvait contribuer à mettre en place les conditions d'un financement adéquat de l'utilisation des nouvelles technologies en formation à distance.

Enfin, il nous faut constater que les familles du Québec restent actuellement peu "branchées" au réseau Internet. A ce jour, seulement 11% d'entre elles y auraient accès. C'est là une situation qui entrave le développement de cours à contenu technologique, en particulier à l'ordre secondaire et à l'ordre collégial.

C'est à partir de ces considérations que nous invitons les responsables de la politique sur la formation continue à aller plus loin que l'expression d'un voeu en matière d'utilisation des nouvelles technologies en formation. Nous souhaitons qu'ils sauront mettre en place les conditions des développements à venir. A cet égard, nous suggérons une stratégie qui touche autant à l'allocation des ressources dans les milieux de la formation qu'à l'accès à l'équipement pour les personnes.

  • Compte tenu de la lourdeur des engagements financiers exigés par ces technologies, nous invitons les responsables à concentrer dorénavant les budgets de modernisation technologique dans les centres spécialisés. Le saupoudrage des ressources ne peut produire d'effets permanents.

  • Nous proposons aussi de faire des organismes de formation à distance des lieux d'expertise du réseau d'enseignement pour l'utilisation des technologies informatiques et multimédias dans l'apprentissage. Ces organismes deviendront ainsi des centres de référence pour l'ensemble du réseau en la matière, en même temps que des lieux de perfectionnement pour les enseignants et les groupes d'éducation populaire.

  • Nous souhaitons que des ressources soient consenties pour accélérer le perfectionnement des concepteurs des cours et des tuteurs. Un effort particulier en ce qui concerne le rôle des tuteurs, est nécessaire. La dispersion et l'isolement dans lequel certains peuvent travailler actuellement ne pourra plus perdurer.

  • Nous attendons enfin de la politique sur la formation continue qu'elle relance le débat sur la mise en place de sites régionaux d'accès aux technologies. Par cette formule ou par une autre, il faudra accroître sensiblement le taux de pénétration de l'internet et du micro-ordinateur dans les ménages.

Pour favoriser la recherche et le développement.

Nous oeuvrons dans un domaine où l'environnement est "turbulent", où l'évolution des moyens de communication est rapide, auprès d'élèves et d'étudiants qui changent et dans un contexte qui pourrait fort bien s'internationaliser davantage. Il nous faut avoir la modestie de reconnaître que nous n'avons pas toutes les réponses aux questions qui sont soulevées. Nous avons besoin de la contribution de la recherche sur les moyens d'intervention et sur les résultats que nous atteignons, tant en regard des compétences développées que des taux de réussite des cours et des taux d'obtention des diplômes.

Pour ces raisons, nous accueillons très favorablement le projet de création d'un fonds pour la recherche et le développement pédagogique. Nous sommes aussi très intéressés par le projet de création d'un programme thématique de recherche-innovation en formation continue et à la réorientation éventuelle du programme PAREA au collégial. Toutefois, de façon à assurer que ces programmes prennent nos besoins en considération, nous souhaitons y être nommément inclus.

  • Nous suggérons que le futur fonds pour la recherche et le développement pédagogique s'étende expressément à la formation à distance.

  • Nous demandons que le programme thématique de recherche-innovation identifie la formation à distance parmi ses objets et que tous les acteurs de la formation à distance y soient admissibles.

Voilà donc, en un bref résumé, les messages que nous avons voulu vous transmettre. Nous comprenons que bien des questions restent en suspens et nous vous assurons de notre entière disponibilité pour les approfondir avec vous.

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