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Nous aimerions prendre quelques minutes pour vous rappeler ces messages
et pour les expliciter davantage. Nous commencerons, si vous le permettez,
en vous parlant de nous.
Notre mémoire est le produit d'une concertation des trois principaux
organismes québécois de formation à distance; la
Société de formation à distance des commissions scolaires
du Québec (Sofad), le Centre collégial de formation à
distance (CCFD) et la Télé-université. Ensemble,
nous rejoignons environ les deux tiers des élèves et étudiants
de la formation à distance au Québec.
Nous avons choisi de déposer un mémoire conjoint pour témoigner
de notre volonté de concertation et pour mettre en lumière
la parenté de notre vision des besoins et de l'importance de la
formation à distance. La formulation de ce mémoire a donc
été confiée au Comité de liaison de la formation
à distance (Clifad). À l'intérieur de ce comité,
nous avons développé des valeurs communes et une conception
partagée de la formation à distance. Nos trois organisations
ont, par ailleurs, des modes d'organisation assez voisins. Nous envisageons
aussi l'intention d'accentuer nos échanges dans l'avenir, par exemple
en mettant en commun certains services techniques, comme la supervision
des examens.
La présente consultation sur le projet de politique sur la formation
continue est pour nous un moment stratégique. Nous voulons d'une
part faire valoir la contribution de la formation à distance à
la formation continue des adultes du Québec. D'autre part, nous
avons l'intention de saisir cette occasion pour rectifier certaines perceptions
à l'égard de la formation à distance et surtout pour
expliquer l'importance qu'aurait pour nous la formulation d'une politique
spécifique de formation à distance.
Pour une vision moderne de la formation à
distance.
Au Québec, la formation à distance dessert entre 50 000 et
60 000 personnes. A l'ordre collégial et à l'ordre universitaire,
environ 15 000 d'entre eux sont des personnes inscrites dans un établissement
d'enseignement, bien souvent à temps plein. Nous ne sommes donc pas
exclusivement des organisations de formation continue. Nous intervenons
également auprès de personnes inscrites en formation initiale.
Cela n'est pas sans nous poser des défis particuliers devant lesquels
nous craignons parfois de manquer de moyens.
Sur les plans des modes de formation, nous intervenons encore, le plus
souvent, par la voie de l'imprimé. Nous avons par contre recours
à une grande variété de moyens de communication et
de formation (téléphone, bandes audio et video, cédéroms,
internet). Certes, ce sont là des médias déjà
utilisés dans d'autres milieux, mais pas avec la même intensité
qu'en formation à distance.
Le monde de la formation à distance vit par ailleurs des défis
qui lui sont spécifiques. Le développement de nouveaux cours
requiert des investissements massifs et l'encadrement des élèves
et des étudiants est appelé à se faire selon des
formes de plus en plus diversifiées.
Il nous faut parvenir à relever ces défis en même
temps que nous devrons renverser des perceptions ou des préjugés
dépassés. On persiste à croire dans certains milieux
que la formation à distance ne peut, tout au plus, que diffuser
des informations théoriques; qu'elle est incapable de faire partager
des valeurs, de faire intégrer des attitudes et de développer
des habiletés pratiques. On perçoit même des traces
de ces perceptions dans le projet de politique sur la formation continue,
où on prétend que la formation à distance serait
moins appropriée au développement des compétences
professionnelles.
Dans les milieux de l'enseignement, on craint parfois que la formation
à distance n'entraîne l'abolition massive de postes d'enseignants
et leur remplacement par des tuteurs moins qualifiés et surtout
moins rémunérés. Ces craintes et ces préjugés
sont sans fondements. Mais, ils ne sont pas sans effets.
Surtout, on ignore les avantages de la formation à distance, ses
succès, ses standards de qualité et sa vitalité au
Québec comme ailleurs dans le monde. On n'a pas encore pris conscience
de son opportunité dans la société moderne, ni de
son potentiel pour la reconnaissance nationale et internationale de notre
expertise, tant sur le plan des contenus que sur celui des stratégies
d'apprentissage. Nos organisations peuvent offrir des produits et des
services de classe internationale. Nous pouvons contribuer à la
renommée des organisations et des enseignants du Québec.
C'est notamment en fonction de ces réflexions que nous en sommes
venus à la conclusion qu'une politique de la formation continue
ne pouvait encadrer toute l'action des organisations de formation à
distance. Nous souhaitons donc qu'on aille plus loin.
- Nous invitons le ministère de l'Éducation à se doter
d'une politique spécifique de la formation à distance qui
déborde le seul champ de la formation continue et nous l'assurons
de notre collaboration dans la formulation de cette politique.
- Nous croyons tous trois que l'adoption d'une telle politique viendra
contribuer à la crédibilité de ce mode de formation
et qu'elle pourra orienter les actions et les investissements des divers
acteurs du réseau de l'éducation.
- Nous suggérons que cette future politique propose des objectifs
et des mandats explicites pour les organismes de formation à distance,
notamment dans la diversification des modes de formation, dans l'appropriation
des technologies de la communication par le réseau de la formation
et dans le rayonnement du réseau québécois d'éducation
à l'échelle internationale.
- Nous demandons également que son application soit placée
sous l'autorité d'un haut responsable au niveau ministériel.
Pour un modèle de formation à
distance fondé sur les besoins des individus.

Les trois organismes publics spécialisés en formation à
distance au Québec croient en l'importance de décentraliser
la formation. Nous pensons que le service doit être livré jusqu'à
la personne dans son foyer ou son lieu de travail. La formation à
distance est pour nous un mode d'apprentissage personnalisé et individualisé.
Sa caractéristique principale est de permettre aux personnes, par
le recours à la médiatisation, de poursuivre leur cheminement
d'apprentissage au moment de leur choix, au lieu de leur choix et au rythme
qui leur convient.
En ce sens, nous nous inscrivons dans le courant dominant à l'échelle
mondiale illustré par des grandes organisations comme lOpen
University en Grande-Bretagne, le Centre national d'enseignement à
distance (CNED) en France ou les différentes méga-universités
dans le monde. A la différence du mouvement initié dans
certaines provinces canadiennes, nous ne visons pas, de façon générale,
à reproduire la classe à distance, mais à dégager
les individus des contraintes inhérentes à l'enseignement
à des groupes. Nos activités de formation sont donc le plus
souvent asynchrones, très flexibles et personnalisées.
Une telle approche a le grand avantage de permettre une conciliation
plus harmonieuse des exigences de la vie professionnelle, de la vie familiale
et des études. Cela est d'autant plus important que la majorité
des effectifs de la formation à distance est composée de
femmes, le plus souvent actives en emploi et même ayant charge d'enfants.
Cette approche présuppose, par contre, une plus grande concentration
de ressources et un plus lourd investissement durant les phases de conception
et de production des cours. Mais, elle permet cependant des économies
appréciables en raison de la grande quantité de personnes
qu'il devient possible de desservir, en autant qu'on puisse avoir accès
aux élèves et aux étudiants dans toutes les régions.
Ainsi, l'une des exigences de notre modèle de formation est que
le service soit décentralisé jusqu'à l'individu alors
que la conception et la production du matériel de formation sont
mises en commun dans un centre spécialisé. La décentralisation
en formation à distance va de pair avec l'individualisation de
l'apprentissage bien davantage qu'avec la régionalisation des services.
C'est pourquoi, nous vous invitons à être prudent dans la
mise en place d'instances interordres régionales de concertation
en éducation.
Sur la base de ces considérations :
- Nous réclamons qu'on reconnaisse l'opportunité de ce modèle
de formation et qu'on évalue désormais la contribution de
la formation à distance aux services à la population davantage
par son aptitude à faciliter la conciliation des exigences travail-famille-études
que par sa capacité à recruter des élèves
et des étudiants dans les régions éloignées.
- Nous invitons également les promoteurs du projet de politique
sur la formation continue à se montrer prudent sur la formulation
du mandat des instances interordres régionales, de telle sorte
que ce mandat n'entre pas en contradiction avec les conditions de succès
de la formation à distance.
- Unanimement, nous estimons que le temps est venu de se pencher à
nouveau sur le modèle d'organisation de la formation à distance
au secondaire de façon à renforcer la capacité de
la Sofad de rendre les services de formation à distance partout
au Québec ainsi que sa capacité d'investir dans le développement
de son répertoire de cours.
Pour le soutien à l'utilisation des
nouvelles technologies de la formation.

Le monde de la formation à distance est résolument moderne
et se tourne tout naturellement vers les nouveaux moyens que la technologie
peut offrir. Alors que dans d'autres milieux, on a souvent un réflexe
de méfiance à l'égard des nouvelles technologies, l'attitude
est tout à l'opposé en formation à distance.
Aussi, vous nous permettrez sûrement de vous signaler qu'il ne
peut suffir, pour favoriser un plus large recours aux nouvelles technologies
en formation, d'appeler les organismes de formation à distance
à moderniser leur offre de services ou de nous inviter à
prévoir dans nos plans de développement, l'utilisation des
nouvelles technologies.
Nous investissons déjà en cette matière toute la
marge de manoeuvre que nous pouvons dégager. Par exemple, la Sofad
offre, avec un succès remarquable, le cours Du français
sans fautes par le réseau Internet. Le CCFD y offre pour sa part
un cours d'introduction à la psychologie pour lequel il s'est vu
décerner, en 1998, le Prix d'excellence en conception pédagogique
de l'Association canadienne d'éducation à distance (ACED).
En tout, en 1998-1999, il diffusera 11 cours par le réseau Internet.
Nous ajouterons bientôt un cours développé avec le
Centre collégial de développement du matériel didactique
portant sur les méthodes des sciences humaines qui sera entièrement
disponible sur cédérom. La Télé-université,
pour sa part, compte déjà 17 cours entièrement offerts
par le réseau Internet. Elle y offre notamment tous les cours du
certificat de premier cycle en informatique. Elle planifie pouvoir offrir
à compter de l'an prochain un encadrement télématique
pour chacun de ses 265 cours.
Nous aimerions faire plus, mais nous sommes limités par les moyens.
Il faut en effet savoir que les coûts du développement de
cours sur imprimé, sur support informatique ou ayant recours à
la technologie du cédérom, sont forts différents
les uns des autres. Si on peut produire un cours sur imprimé à
partir de 50 000$, il faudra compter au moins le double pour produire
un cours diffusé sur Internet et encore plus (200 000$ et souvent
beaucoup plus) si on veut utiliser le cédérom.
Les investissements sont donc parfois très lourds. Or, le plus
souvent, les organismes de formation à distance ont dû trouver
à même leurs ressources régulières les marges
de manoeuvre requises. De plus, alors que de tels coûts auraient
dû inciter les décideurs à concentrer les ressources
dans les lieux les plus appropriés, on a encore parfois choisi
de les disperser.
La politique de la formation continue ferait une uvre utile si,
en plus de rappeler l'importance stratégique de concentrer les
efforts de recherche et développement, elle pouvait contribuer
à mettre en place les conditions d'un financement adéquat
de l'utilisation des nouvelles technologies en formation à distance.
Enfin, il nous faut constater que les familles du Québec restent
actuellement peu "branchées" au réseau Internet.
A ce jour, seulement 11% d'entre elles y auraient accès. C'est
là une situation qui entrave le développement de cours à
contenu technologique, en particulier à l'ordre secondaire et à
l'ordre collégial.
C'est à partir de ces considérations que nous invitons
les responsables de la politique sur la formation continue à aller
plus loin que l'expression d'un voeu en matière d'utilisation des
nouvelles technologies en formation. Nous souhaitons qu'ils sauront mettre
en place les conditions des développements à venir. A cet
égard, nous suggérons une stratégie qui touche autant
à l'allocation des ressources dans les milieux de la formation
qu'à l'accès à l'équipement pour les personnes.
- Compte tenu de la lourdeur des engagements financiers exigés par
ces technologies, nous invitons les responsables à concentrer dorénavant
les budgets de modernisation technologique dans les centres spécialisés.
Le saupoudrage des ressources ne peut produire d'effets permanents.
- Nous proposons aussi de faire des organismes de formation à distance
des lieux d'expertise du réseau d'enseignement pour l'utilisation
des technologies informatiques et multimédias dans l'apprentissage.
Ces organismes deviendront ainsi des centres de référence
pour l'ensemble du réseau en la matière, en même temps
que des lieux de perfectionnement pour les enseignants et les groupes
d'éducation populaire.
- Nous souhaitons que des ressources soient consenties pour accélérer
le perfectionnement des concepteurs des cours et des tuteurs. Un effort
particulier en ce qui concerne le rôle des tuteurs, est nécessaire.
La dispersion et l'isolement dans lequel certains peuvent travailler actuellement
ne pourra plus perdurer.
- Nous attendons enfin de la politique sur la formation continue qu'elle
relance le débat sur la mise en place de sites régionaux
d'accès aux technologies. Par cette formule ou par une autre, il
faudra accroître sensiblement le taux de pénétration
de l'internet et du micro-ordinateur dans les ménages.
Pour favoriser la recherche et le développement.
Nous oeuvrons dans un domaine où l'environnement est "turbulent",
où l'évolution des moyens de communication est rapide, auprès
d'élèves et d'étudiants qui changent et dans un contexte
qui pourrait fort bien s'internationaliser davantage. Il nous faut avoir
la modestie de reconnaître que nous n'avons pas toutes les réponses
aux questions qui sont soulevées. Nous avons besoin de la contribution
de la recherche sur les moyens d'intervention et sur les résultats
que nous atteignons, tant en regard des compétences développées
que des taux de réussite des cours et des taux d'obtention des diplômes.
Pour ces raisons, nous accueillons très favorablement le projet
de création d'un fonds pour la recherche et le développement
pédagogique. Nous sommes aussi très intéressés
par le projet de création d'un programme thématique de recherche-innovation
en formation continue et à la réorientation éventuelle
du programme PAREA au collégial. Toutefois, de façon à
assurer que ces programmes prennent nos besoins en considération,
nous souhaitons y être nommément inclus.
- Nous suggérons que le futur fonds pour la recherche et le développement
pédagogique s'étende expressément à la formation
à distance.
- Nous demandons que le programme thématique de recherche-innovation
identifie la formation à distance parmi ses objets et que tous
les acteurs de la formation à distance y soient admissibles.

Voilà
donc, en un bref résumé, les messages que nous avons voulu
vous transmettre. Nous comprenons que bien des questions restent en suspens
et nous vous assurons de notre entière disponibilité pour
les approfondir avec vous.
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