Un discours inflationniste sur les transformations attendues.
Les citations que je viens de faire sont un bon échantillon des
discours qui annoncent une transformation radicale de lécole.
Ces raisons ne sont pas fausses en soi, mais elles pèchent par
extrapolation sur ce qui se passera en éducation et par un usage
immodéré du raisonnement par inférence.
Ainsi, il est vrai que lévolution technologique a toujours
marqué dans lhistoire de lhumanité le développement
économique et social, aussi bien durant lâge de fer
que dans celui du bronze ou à lépoque industrielle.
Il est donc certain que les technologies de linformation qui ont
actuellement un impact déterminant sur léconomie
auront et ont déjà un effet sur la transformation des
modes dorganisation du travail et donc aussi sur lécole.
Cependant ces transformations sont visibles rétrospectivement
et dans le long terme. Mais comment prévoir, dans le court terme,
leur rythme et leur progression et surtout la nature exacte des transformations
quelles entraîneront ? Il est trop facile pour moi de rappeler
ici que Marshall McLuan annonçait, il y a 40 ans, la fin du livre,
qui serait entraînée, selon lui, par linvention technologique
de la télévision ! Et faut-il rappeler à ceux qui
disent, de façon bien sommaire6,
que limprimerie a produit la réforme protestante et lécole
obligatoire, quelle na véritablement atteint lécole
et transformé la pédagogie que 500 ans plus tard quand
la reproduction de textes a été facile pour tout enseignant.
Certains dentre nous, nont-ils pas connu lépoque,
qui nest quand même pas si lointaine, où lon
passait la majeure partie des cours à écrire un texte
dicté par le professeur et parfois même à recopier
ce quil écrivait au tableau.
Ainsi, il est vrai que les règles du commerce sont en train
de changer : les marchés souvrent, le commerce électronique
à distance se développe, la demande de formation continue
augmente, un marché de le-éducation apparaît.
Mais on présente cela comme un Eldorado déjà réalisé.
Or se pencher sur les chiffres du commerce électronique permet
de faire la part entre les rêves et la réalité.
Ce marché représente actuellement moins de 1 % du commerce
mondial que ce soit au niveau du chiffre dégagé, de la
clientèle concernée, du type de produits vendus. Amazon
nous cache la forêt ! Quant à laugmentation du volume
de formation dans les entreprises, il est réel, mais faut-il
rappeler quactuellement cette formation est trop souvent une formation
sur le tas et non une formation structurée7
? Le passage dune formation sur le tas à une formation
structurée est déjà problématique en soi,
mais que dire du saut que représente le passage à une
formation par media électronique ?
Ainsi il est vrai quInternet rend possible laccès
aux informations en ligne comme jamais auparavant dans lhistoire
de lhumanité8. Mais la quantité
disponible dinformations est tellement surabondante que faute
de cadres conceptuels préalables qui permettent de se retrouver
dans une telle profusion, on risque ce quon a appelé la
" noyade cognitive ". Quant à la bibliothèque
virtuelle universelle où se trouveraient rassemblés tous
les savoirs du monde, elle est techniquement possible grâce à
la numérisation. Cependant elle se heurte à des contraintes
économiques, celles du coût de cette numérisation
et aussi à des contraintes juridiques. Seule la mise en ligne
douvrages qui sont du domaine public est autorisée par
le droit dauteur, la consultation en ligne des autres documents
est donc limitée pour plusieurs dizaines dannées.
Et, faut-il rappeler, ici encore, que linformation nest
pas la connaissance et que cest lappropriation des savoirs
et des connaissances qui est lobjectif de toute formation, fut-elle
en ligne et que, par conséquent, ce sont des outils spécifiques
élaborés pour la formation qui lassureront ?
À ces discours, souvent inflationnistes, vient sajouter
ces derniers mois un discours politique, à caractère dramatique.
Des organismes, comme le Conseil supérieur de léducation
sont déjà intervenus auprès des pouvoirs publics
pour promouvoir lintroduction des technologies de linformation
dans le système scolaire et montrer les avantages que la formation
en retirerait9. Mais le nouveau
discours est dune autre nature, il fait appel à des arguments
commerciaux de compétition internationale et de défense
de culture nationale10. Quest-ce
qui explique ce changement ? Des investissements énormes sont
consentis dans le développement des contenants11,
ils ne seront rentables que si des contenus nouveaux, ceux du divertissement
et ceux de la formation sont produits et ensuite utilisés dans
ces contenants12. Mais le déclencheur
de cette réaction est lexplosion de le-éducation
aux Etats-Unis. Cette explosion se fait dans un environnement propre
à ce pays : volonté concurrentielle forte des universités
entre elles, présence importante dun enseignement supérieur
privé et création rapide dentreprises de-éducation
liées à la nouvelle économie. Cette suprématie
des États-Unis dans le développement de le-éducation
préoccupe les gouvernements des pays anglophones : Angleterre13,
Australie, puis maintenant Canada qui sinquiètent de voir
une offre denseignement supérieur en ligne américaine
concurrencer leurs propres universités nationales14.
Ces arguments avancés pour développer la formation en ligne
ne sont pas en soi faux, mais il faut prendre garde aux raccourcis et
aux analogies discutables sur lesquels ils reposent. On saute vite et
comme par magie aux conclusions. Ce sont là des procédés
classiques de vente sous pression qui cachent les difficultés réelles
auxquelles il faut sattaquer pour réaliser de tels développements.
Pour mieux dégager les vrais enjeux, il faut, par salubrité
intellectuelle, donner quelques coups dépingle à ces
boursouflures dont se nourrissent les engouements passagers. Mais le plus
pernicieux de ces discours nest pas dans linflation verbale,
il est sans doute dans lamalgame, car il pousse à mélanger
des choses qui mériteraient dêtre distinguées.
Un amalgame de tous les usages des technologies
de linformation en éducation sous le chapeau de lapprentissage
en ligne
Le terme dapprentissage en ligne recoupe dans certains textes aussi
bien loffre de cours à support technologique dans une classe
ordinaire que le téléapprentissage chez soi ou au travail.
Actuellement, plusieurs universités se donnent des plans en ce
domaine. Pratiquement tous ces plans sont intitulés du titre accrocheur
de LUniversité en ligne. En les lisant, on constate quil
sagit essentiellement de plans daction, dailleurs excellents,
qui visent lutilisation des technologies de linformation dans
lenseignement sur les campus. Par contre, les possibilités
de la formation à distance sont entrevues de façon très
générale et selon des modèles théoriques,
mais les plans concrets pour ces développements sont reportés
à plus tard.
Ce type damalgame peut faire sourire, car lusage de lexpression,
formation ou apprentissage en ligne, pour couvrir tous les usages des
technologies de linformation dans le domaine de la formation, relève
du marketing et démontre le souci de faire moderne. Mais cet usage,
à mes yeux abusif, vient dêtre accrédité
au Canada. En effet, le Comité consultatif pour lapprentissage
en ligne y recourt lui aussi. " Lapprentissage en ligne
peut
être défini comme ce qui se produit quand lenseignement
et la formation (autrement dit des cours en général avec
crédits mais aussi sans crédits) sont offerts et appuyés
par des réseaux comme Internet ou des intranets. Grâce à
lui, on peut apprendre nimporte quand et nimporte où.
Pour les fins de ce rapport, apprentissage en ligne et apprentissage électronique
sont synonymes. Dans un cas comme dans lautre, ils sentendent
à la fois du téléapprentissage et de loffre
de cours à support électronique dans une classe ordinaire,
un amphithéâtre ou un laboratoire. " ( Rapport du Comité
consultatif pour lapprentissage en ligne, Sommaire p. 3)
Or, si on veut essayer dy voir clair, je pense quil faut
faire des distinctions entre dun côté un enseignement
sur campus, utilisant des technologies électroniques : par exemple
cours ou laboratoires enrichis par des contenus multimédias,
laccès aux ressources Internet et lutilisation du
courrier électronique pour linformation, lencadrement
personnalisé et léchange, et, dun autre côté,
les différents modèles des cours de formation à
distance : téléenseignement individualisé visant
lautoformation selon une approche asynchrone (en tout temps) et
dont le matériel didactique et lencadrement sont enrichis
par lutilisation plus ou moins intensive des technologies de linformation,
cours accessibles à distance en groupe, selon un mode synchrone
(des téléclasses), ou encore cours multimédias,
accessibles en tout lieu et en tout temps (asynchrones) et permettant
lauto-formation (classes virtuelles)15.
Même si on utilise des technologies de linformation dans
toutes ces situations et si plusieurs dentre elles sont les mêmes
dans lenseignement conventionnel et dans lenseignement à
distance, il faut, si on veut se comprendre, essayer dy voir clair
et prévoir ce qui va se passer, maintenir la distinction entre
lutilisation de ces technologies pour améliorer la classe
traditionnelle (ce qui dans les réseaux du primaire, secondaire
ou collégial est souvent appelé, les APO16)
et leur utilisation pour améliorer lenseignement à
distance ou la permettre autrement. Les étudiants peuvent utiliser
les mêmes technologies, mais ils sont cependant dans des ensembles
organisationnels à visée différente, lune
mise dabord sur leur présence, lautre sur leur distance.
Pour lanalyse que je fais ici, elle concerne lenseignement
à distance, cette distinction mest donc nécessaire.
Sur la base de cette distinction, je formule lhypothèse
suivante : les nouvelles technologies conduiront davantage à la
transformation des modes dapprentissage à lintérieur
des institutions traditionnelles quà la transformation de
ces institutions denseignement en service de téléenseignement.
Le développement du téléenseignement, qui est un
des enjeux auxquels auront à répondre les établissements
denseignement supérieur, doit donc sappuyer sur les
services de formation à distance existant déjà. Les
deux prochaines parties de mon exposé me serviront à étayer
ces affirmations.
Mais, je le sais, cest là une opinion contraire à
ceux qui disent que les règles de la nouvelle économie,
celles qui entraînent déjà des mutations dans la
production des biens et services, marqueront de façon identique
le secteur de léducation. Dans la mouvance de la nouvelle
économie, les Américains ont établi la distinction
entre les entreprises de lancienne économie, celles des
briques et des mortiers (brick and mortar) et celles de la nouvelle
économie, les entreprises du clic (click). Au zénith de
la trajectoire boursière, la pensée dominante voulait
quune entreprise comme Amazon, qui opère dans le clic,
absorbe bientôt un distributeur à lancienne, une
entreprise de brique et mortier. La clef du succès et de la notoriété
serait dorénavant dans le passage de la brique et du mortier
au clic, même pour les institutions denseignement supérieur17.
Cette thèse a cependant pris du plomb dans laile depuis
les problèmes boursiers des dragons de la nouvelle économie18.
2e partie - Pour essayer dy voir clair,
il faut aussi prendre conscience et mesurer les transformations que les
systèmes déducation et plus particulièrement
les établissements denseignement supérieur auront
à affronter dans les années qui viennent par suite du développement
des technologies de linformation et de la constitution dun
marché de léducation.
Il est de plus en plus reconnu que les technologies de linformation
permettent le renouvellement des pratiques denseignement dans quatre
domaines-clefs de la pédagogie : lautonomie de létudiant
dans la construction personnelle des connaissances, linterdisciplinarité
des contenus, la mise en place de pédagogies différenciées,
la mise en place de pratiques coopératives. Ces simples raisons
suffisent à justifier la généralisation dans les
écoles de lutilisation de ces technologies. Elles permettent
le renouvellement des pratiques denseignement dans le cadre détablissements
traditionnels requérant la présence des étudiants.
Mais je ne traiterai pas de cette question ici parce quelle concerne
lamélioration de lactivité pédagogique
dans la classe ordinaire par les moyens technologiques19.
Mais quen est-il de la formation à distance ?
Deux forces puissantes poussent actuellement vers laugmentation
de cette forme de formation. Ce sont les forces qui poussent à
la délocalisation des activités et à la globalisation
des marchés. Il ne sagit pas de nier ces forces, mais de
mesurer leurs effets plausibles, à plus ou moins long terme, sur
la transformation des établissements denseignement supérieur
et plus particulièrement sur celle des collèges.
2-1 Les nouvelles technologies de linformation
et la poussée vers la délocalisation des activités
Les technologies éducatives ont de tout temps été
des supports pour les diverses méthodes pédagogiques, mais
les nouvelles technologies dont nous parlons, les potentiels dInternet,
des CD et DVD-Roms, avec lhypertexte et la communication ultrarapide
à distance, les tutoriels, les produits mulimedias ne vont-ils
pas introduire des changements radicaux et produire dans les établissements
traditionnels, la généralisation de la formation à
distance ?
Il est tout dabord certain que les possibilités des technologies
de linformation sont de nature à dépouiller linstitution
scolaire des trois éléments qui assurent son autorité
symbolique, lempreinte sur lespace, lempreinte sur
le temps, lempreinte de la présence du professeur. Lécole
est traditionnellement ce lieu de loisir20
où lon va apprendre ensemble. Le pédagogue grec
est lesclave qui conduit lenfant à lécole.
Ce lieu est chargé affectivement au point quau Québec,
la fermeture dune école de village suscite plus de réactions
que la fermeture des églises21.
Lécole marque lespace et un espace urbain se reconnaît
à ses écoles, à leurs styles de construction, à
lemplacement quoccupent les plus prestigieuses dentre
elles, les universités, sur la montagne, dans un jardin ou sur
une station de métro. Lécole marque aussi de son
empreinte le temps. Le temps social, celui des vacances, a dû
se plier au système du temps scolaire. Lécole marque
aussi de son empreinte par le maître, le professeur. Toute lorganisation
de nos écoles est basée sur le postulat suivant : un professeur
présent est le médiateur de laccès aux connaissances
de ses élèves.
Les technologies de linformation sont de nature à enlever
à lécole ces trois prérogatives. Elles rendent
possible laccès rapide aux connaissances, là où
on le veut, quand on le veut. Elles offrent aussi la possibilité
dintégrer sur un support matériel ce qui était
auparavant intégré par le professeur présent : la
voix, le son, limage, lécriture, les bases dinformation,
limpulsion interactive. Ce sont là des blessures narcissiques
qui ne se guériront pas rapidement et lécole résistera
à sa complète transformation par les technologies de communication.
Dailleurs, on peut remarquer que la possibilité de délocalisation
et de suppléance à la présence effective du professeur,
au moyen des trousses pédagogiques, existe déjà dans
lenseignement à distance. Et pourtant cette forme denseignement
reste, dans les systèmes déducation, minoritaire.
Les nouvelles technologies améliorent de beaucoup les moyens traditionnellement
utilisés dans lenseignement à distance, notamment
au chapitre de la rapidité des communications et de limpulsion
interactive, mais quelles sont les chances de la généralisation
dune telle forme denseignement ? Et cette généralisation
conduira-t-elle tous les établissements denseignement à
se convertir, à court ou moyen terme, en service denseignement
à distance ?
Pour répondre à cette question, je ferai trois remarques.
Tout dabord, il faut prendre conscience de la lenteur des processus
de transformation des institutions par les innovations technologiques,
surtout quand elles ont un caractère générique
et quelles demandent des changements dans les usages, ce qui est
le cas des technologies de linformation. Il a fallu près
de 40 ans pour que le téléphone pénètre
dans 33 % des foyers américains, 17 ans pour que la télévision
atteigne ce score. Lintroduction dInternet a été
plus rapide, 7 ans pour le même score, mais cette introduction
a bénéficié dans un premier temps du réseau
dordinateurs déjà existant. Une transformation générique
comme celle de lélectricité a pris près de
100 ans pour atteindre la généralisation de lusage
du moteur électrique. Lusage industriel des batteries électriques,
inventées pourtant depuis 150 ans, ne suscite de lintérêt
pour le stockage de lélectricité que de nos jours,
dans le contexte nouveau des préoccupations dun développement
durable. En effet, si au départ, la diffusion technologique est
guidée par lindustrie, elle dépend rapidement ensuite
des utilisateurs qui ne sont pas des acteurs passifs et les usages réels
ne correspondent pas toujours à ceux qui étaient attendus22.
La mutation des usages quentraîne la technologie est un
phénomène lent qui se réalise quand il y a alliance
entre le nouveau cadre de fonctionnement rendu possible par linnovation
technologique et le cadre dusage accepté par lutilisateur.
Cest la seule règle générale quon peut
tirer de lexamen des diffusions technologiques passées.
Par ailleurs, il faut aussi prendre conscience du caractère
difficilement remplaçable de lécole traditionnelle
pour la réalisation de certains objectifs déducation
et de formation. De plus grandes possibilités de délocalisation
et daccès rapide aux informations renforceront, à
contre courant, (parce quéduquer, cest aussi résister)
la recherche, mais aussi la demande, des éléments propres
de lécole traditionnelle, ce lieu où lon se
rend pour apprendre ensemble. Lécole a ainsi une fonction
de socialisation et la classe reste le lieu privilégié
pour des textes quon visite en commun. Certaines connaissances
ne se réduisent pas à lassimilation de connaissances
inscrites sur un support, mais sont le résultat dun long
travail dimprégnation du savoir qui se produit comme par
osmose à lissue dun contact prolongé entre
maîtres et élèves. Et cest pourquoi lenseignement
à distance même par les moyens électroniques nenvahira
pas tous les secteurs de la formation. Il se concentrera surtout dans
lenseignement supérieur, dans lenseignement aux adultes
et dans des formations à caractère professionnel très
accentué portant sur la maîtrise de processus23.
Il faudra enfin tenir compte des pesanteurs institutionnelles qui freinent
la transformation des établissements denseignement traditionnels
en entreprise de le-éducation. Lintroduction des technologies
de linformation pour améliorer lenseignement traditionnel
se bute déjà à des obstacles : coût de lacquisition
du matériel et de la conception des logiciels, mais aussi accroissement
du temps de travail pour les professeurs (temps de la nouvelle mise en
forme des cours et accroissement du temps de communication avec les étudiants).
Mais la généralisation du développement de la formation
à distance au sein dun établissement traditionnel
rencontre des obstacles encore plus importants. Dans ces établissements,
le professeur a été engagé dans un contexte différent
de celui de lenseignement à distance. Pour entrer dans le
modèle de la formation à distance, son expertise de contenu
est nécessaire. Mais ce quon lui demande alors de construire
peut le conduire à la transformation de son rôle et, peut-être
même, à sa disparition, du moins en partie. Lacceptation,
non pas individuelle mais en tant que profession, des nouvelles technologies
par les professeurs est donc loin dêtre faite. Les services
de formation à distance qui ne sont pas soumis à ces contraintes,
ou qui ont évité de lêtre, ne sont évidemment
pas placés dans la même situation. À cette contrainte
de base, il faut en ajouter une autre celle des droits dauteur.
Des conflits récents et de plus en plus nombreux, surtout aux Etats-Unis,
le prouvent. Parfois ce sont les professeurs qui réclament à
lUniversité des droits dauteur pour quelle puisse
utiliser leurs productions en ligne, tout comme le font aussi des journalistes
qui réclament des droits aux propriétaires des journaux
pour lesquels ils travaillent et qui diffusent leurs articles en ligne.
Parfois, cest lUniversité qui interdit à ses
professeurs de vendre leurs cours à des entreprises privées
de formation en ligne. À tous ces obstacles, il faut ajouter les
questions dévaluation, de certification et plus généralement
celle de la reconnaissance sociale de formes dapprentissage dautoformation.
Comme ces formations nempruntent pas les formes canoniques des apprentissages
sanctionnés par des diplômes socialement reconnus, on exige
delles des garanties de crédibilité supplémentaires.
De tout ceci, on peut déduire que les possibilités nouvelles
de la formation en ligne sont certes réelles, quelles sont
de nature à augmenter la demande de la formation à distance,
mais non au point damener, du moins à moyen terme, tous les
établissements denseignement traditionnels de brique et mortier
à se transformer radicalement en établissements du clic
de la nouvelle économie.
Mais certains prétendent quon ne peut regarder le problème
du seul point de vue de la délocalisation rendue possible par les
technologies de linformation. À cette tendance, il faut en
ajouter une autre, autrement forte, celle de la constitution dun
marché de la formation, marqué maintenant par la globalisation
et la concurrence. Face à ces forces du commerce, les établissements
denseignement, du moins ceux de lenseignement supérieur,
seraient ainsi contraints, malgré leur résistance, si du
moins ils ne veulent pas disparaître, à répondre par
le développement dans leur sein de lenseignement à
distance. Quen est-il ?
2-2 Le marché de léducation et
le développement de le-éducation
Pour répondre à la question, jindiquerai quelques
caractéristiques de ce marché, selon loffre et la
demande et jessaierai de déterminer, à partir de cette
analyse, les chances du développement dun tel marché
pour les établissements denseignement supérieur.
Quelles sont tout dabord les caractéristiques de la demande
?
Tout le monde sattend à ce que les possibilités de
lenseignement en ligne augmentent la demande de la formation en
ligne chez trois catégories de clients : les personnes qui veulent
poursuivre ou compléter leur scolarité, les personnes ou
les entreprises qui misent sur la formation continue, des étrangers
qui recherchent une formation reconnue et quils trouvent difficilement
dans leur propre pays.
Ceux qui travaillent dans la formation à distance savent depuis
longtemps que ce n'est pas l'éloignement géographique qui
est la cause première de l'inscription de ces étudiants
à ces cours mais des contraintes personnelles dans lorganisation
du temps. La formation à distance est, de moins en moins, le fait
de gens physiquement empêchés de se rendre à un cours.
Elle est, de plus en plus, le fait de personnes qui, pour poursuivre ou
compléter leurs études, trouvent cette forme de cours, plus
souple, plus commode parce quelle correspond mieux à leurs
problèmes de gestion du temps. Les possibilités de lenseignement
en ligne permettront de répondre encore plus adéquatement
à ce type de besoin. Il peut aussi intéresser, en plus,
tous ceux et celles pour qui lordinateur est devenu comme une seconde
nature et qui ont pris goût à lactivité de type
interactif quil permet.
Quant au nouveau marché de la formation en entreprise, il existe
et il est en développement. Au Québec, la loi du 1 % oblige
les entreprises dont la masse salariale est de plus de 250 000 dollars
à consacrer au moins 1 % de cette masse salariale à de
la formation. Près dun milliard de dollars sont ainsi consacrés
annuellement à la formation par les entreprises. Je ne peux analyser,
dans les limites de cette conférence, les caractéristiques
de ce marché, aussi je me contenterai de trois remarques de caractère
général. Tout dabord, il faut prendre conscience
que ce marché est une réalité très diverse
et que la culture de la formation continue est très inégalement
répartie dans les entreprises et les associations professionnelles24.
De plus, les collèges doivent prendre conscience que cest
un marché très convoité par les organismes de formation
privés (plus de 4 000 accréditations ont été
accordées à des organismes de formation25
dans le cadre de la loi du 1% ) et par les universités. Celles-ci
ont dailleurs, par rapport aux collèges, des avantages
comparatifs importants dans les segments les plus intéressants
de ce marché : notoriété de la reconnaissance universitaire,
pas de limitation dans lélaboration de formations reconnues,
flexibilité institutionnelle pour le faire, pas denveloppe
fermée consacrée à la formation des adultes, possibilité
dutiliser le financement général pour subventionner
une partie des coûts des cours sur mesure. Enfin le développement
de la culture de formation continue dans les entreprises nentraîne
pas nécessairement une augmentation de demande de formation correspondant
à des programmes scolaires. Les termes duniversité
dentreprise, dorganisation apprenante26,
de gestion des connaissances (Knowledge Management), que lon voit
apparaître ici ou là, indiquent bien un des effets du développement
dune culture de formation continue dans les entreprises, celui
de considérer lapprentissage comme une uvre collective
enracinée dans des actions. Les entreprises apprenantes savent
tirer des leçons des expériences vécues et des
savoirs accumulés par les personnes de lorganisation et
savent aussi transformer ensuite, ensemble, ces connaissances en savoir-faire27.
Quant au marché international, il existe aussi, certes, et sa
croissance est accentuée par laugmentation de la capacité
(rapidité et volume) des vecteurs de transport des données.
Mais ici encore pour réaliser un positionnement des établissements
denseignement supérieur, il faudrait se livrer à
une analyse plus fine. Je nai pas la prétention de le faire
ici, je nen ai dailleurs pas la compétence, aussi
je me contenterai de quelques remarques générales. Je
constate quactuellement le marché international de la formation
en ligne concerne surtout des MBA, en anglais et que la demande vient
surtout de lOrient. Les exemples que lon cite sont presque
toujours ceux-là. Doù une série de questions
pour lesquelles je nai pas de réponses évidentes.
Les programmes du cégep sont-ils dessinés pour répondre
à un marché local ou aussi à un marché international
? Le marché international des cégeps est-il un marché
des seuls pays francophones 28?
Y a-t-il des marchés de niche pour certains programmes de lenseignement
collégial29 ? Le marché des
produits culturels a-t-il des limites ?
À ces remarques sur les caractéristiques de la demande
de formation, jen ajoute une de bon sens quil ne faut pas
oublier dans leuphorie des nouveaux marchés entrevus. Lutilisation,
dans la formation à distance, des possibilités des technologies
de linformation ne peut que suivre ou légèrement
précéder leur pénétration sociale. Cette
règle sapplique aussi bien dans les marchés nationaux
quinternationaux. Le Centre National dEnseignement à
Distance de France, (CNED) http://www.cned.fr/index4.htm
, a près dun demi-million dinscrits, mais seuls 80
000 dentre eux utilisent le campus électronique. Mais pour
être honnête, il faut que jajoute que loffre
de formation en ligne y est encore très limitée30.
Voici maintenant quelques caractéristiques de loffre. Cette
offre nest sans doute pas entièrement déployée,
car elle vise la conquête dun marché en émergence,
mais certains de ses traits caractéristiques apparaissent déjà.
Tout dabord, les acteurs intéressés à ce
marché sont très divers. À côté des
organismes publics ou privés denseignement, on trouve :
des éditeurs de livres ou de presse (ex. Beauchemin au Québec,
le groupe de presse Les Echos en France), des grands groupes de télécommunication
(ex. Bell), les industries du logiciel (Paul Allen, le cofondateur de
Microsoft possède un des portails majeurs de formation sur Internet,
http://home.click2learn.com/,
et au Québec la firme de conseil informatique CGI veut mettre
en place, avec Bell, une inforoute de " gestion du savoir "),
des entreprises de la nouvelle économie créées
pour ce nouveau marché (ex. Apollo Group, coté au Nasdaq
et dont le fleuron est luniversité Phnix en Arizona,
la plus grande université privée au monde avec 75 000
étudiants), des entreprises de lancienne économie
ayant migré vers les marchés en développement de
la nouvelle économie (ex. Vivendi Universal31),
des universités dentreprises32
De plus, les acteurs nouent des alliances pour intervenir dans ce domaine
: alliances entre universités (exemple : alliance entre Stanford,
Princeton, Yale et Oxford), alliances entre universités et services
de formation à distance (exemple : alliance dans le cadre du
e-université britannique créé par Tony Blair, entre
universités et lOpen University, alliance entre luniversité
de Marseille, lOpen University britannique et lUNED, organisme
denseignement à distance espagnol), alliances mixtes entre
institutions publiques et opérateurs privés (exemple :
Universitas 21 : alliance entre 18 universités de 10 pays, dont
trois universités canadiennes, Colombie-Britannique, Mc Gill
et Toronto, en lien avec la News Corporation de Ruppert Murdoch, pour
offrir des programmes universitaires de haut niveau), alliance entre
des entreprises nouvelles de le-éducation et des universités
(exemple : Global University Alliance et NextEd.com une entreprise située
à Hongkong qui permet à ses étudiants de sinscrire
en ligne dans douze universités australiennes, européennes,
américaines)33.
Enfin, dernière caractéristique, de cette offre de formation,
elle est payante. La rentabilité doit être assurée
et tous visent un accroissement des profits. Le Massachusetts Institute
of Technology (MIT) http://web.mit.edu/
est cependant sur le point dannoncer34
quil rendra accessible par Internet et gratuitement, dans un horizon
de 10 ans, la totalité du matériel (cours, notes de lecture,
bibliographie, examens) de lensemble des cours de toutes ses Facultés
: architecture, sciences de lingénieur, sciences humaines,
art, sciences sociales, gestion et sciences. Toutefois, la mise à
la disposition publique de tout ce matériel ne semble pas être
fait en vue dun enseignement et dun accès au diplôme
en ligne. Elle est faite pour rendre accessible, à qui le voudrait
et pour son usage, une ressource dune exceptionnelle qualité.
Si une telle initiative se réalise, il sera intéressant
de voir les effets quelle aura, aux Etats-Unis, sur le marché
payant de lenseignement en ligne.
À partir de cette analyse des caractéristiques de la demande
et de loffre quelles sont les chances dun développement
intensif dun marché du développement de la formation
à distance en ligne pour les établissements denseignement
du réseau collégial ? Ce marché est en développement,
mais on peut déjà tirer quelques constats.
Les tenants du développement intensif de lenseignement à
distance par la formation en ligne dans les universités sont davantage
déterminés par le désir daugmenter leur clientèle
ou par la crainte de la perdre que par le désir de transformer
leur clientèle régulière en clientèle à
distance. Cest lextension de la sphère daction
qui est dabord recherchée. Et cest pourquoi dans ces
établissements, la formation à distance est un service distinct
de la formation régulière. Et comme les conditions de son
développement sont dabord celles des règles du marché,
cet enseignement est payant et même capitalisable. Pour lutter contre
la concurrence, il donne beaucoup dimportance au marketing. Les
universités américaines traditionnelles travaillent déjà
dans un tel environnement et les universités québécoises
ont elles aussi développé une culture de la concurrence
dans la recherche des clientèles. Cette situation est moins celle
des collèges qui se sont donnés de mécanismes de
régulation pour modérer, sinon empêcher, des comportements
de prédateur. Veut-on, dans le nouveau contexte du développement
de la demande de formation à distance en ligne, un commerce qui
tue ou une alliance qui réalise ?
Dans lenseignement traditionnel, des mécanismes pour assurer
la régulation entre loffre et la demande et prévoir
le nombre dinscriptions ont été établis avec
le temps. Le développement de lenseignement à distance
en ligne demande lui un investissement important dans la production préalable
des cours. Il faut sassurer que le produit élaboré
a des chances dêtre demandé dans une situation de libre
marché et de marché global. En tenant compte de cette réalité,
on peut dire tirer quelques règles dont il faudra tenir compte
pour se lancer dans ce marché. Plus la formation est élevée
dans la hiérarchie des formations, plus elle est exportable : un
MBA lest plus quun DEC. Plus le produit à un caractère
universel, plus il est intéressant : des formations en mathématiques,
sciences, langues, dans certaines techniques et en management ont plus
dintérêt que des formations à forte teneur locale.
Plus le produit a de la crédibilité, plus il risque dêtre
demandé : la reconnaissance sociale du diplôme obtenu est
une condition importante de la demande, le MBA que Harvard sapprête
à lancer aura plus dattraction que celui dune université
nouvelle. Cest dailleurs pour ces raisons que les entreprises
privées de formation recherchent des alliances avec les institutions
traditionnelles reconnues et sont même prêtes à payer
pour bénéficier de leur notoriété. Plus le
produit offre des formes dautodidaxie assistée et dencadrement
du travail de létudiant, plus il montre que lon a le
souci de la qualité. En effet, la tendance générale
du marché pousse vers une réduction des coûts de service
(qualité du matériel produit, qualité de lencadrement,
qualité des professeurs) et non à la réduction des
coûts du marketing.
Il est indéniable quun marché de la formation est
en train de se constituer et quil poussera à lutilisation
de la formation en ligne pour la formation à distance. Il est indéniable
que les collèges seront sollicités, leur expertise ou leur
notoriété dans certains programmes sera recherchée,
ou encore quils seront tentés de se lancer dans cette aventure.
Mais il leur faudra mesurer les chances de réussite et sassurer
des meilleures conditions de succès. Jen ai indiqué
ici quelques-unes. On peut certes suivre ses fantasmes et se lancer, seul,
dans des stratégies proactives qui peuvent mener à linnovation,
mais elles peuvent aussi entraîner des échecs retentissants.
Le marché sera larbitre final. Cest lui qui statuera
si on était un innovateur original ou un individu voué à
un échec lamentable ! Étant donné ces risques, je
ne prévois pas, à moyen terme, une conversion radicale des
collèges vers la formation à distance par lintensification
de lenseignement en ligne. Ils seront tentés ou sollicités
certes, et ils rencontreront des opportunités, mais, pour réaliser
de tels développements, ils auront intérêt à
sassocier à dautres, notamment à des services
ayant lexpertise de la formation à distance, car ces services
ont au départ des avantages stratégiques pour réaliser
de tels développements.
3e partie - Pour y voir clair, il faut prendre
conscience de la position stratégique privilégiée
quont les systèmes actuels de formation à distance
dans le développement de lenseignement en ligne.
Lexamen que je viens de faire des perspectives du développement
de lenseignement à distance en ligne est contrasté,
des promesses mais aussi des risques. Aussi, si on veut son développement,
et je pense quil faut le vouloir, les éléments qui
ont assuré le succès ou léchec des centres
de formation à distance traditionnels méritent dêtre
connus. Ce sont les mêmes ingrédients qui provoqueront les
échecs ou assureront le succès de lenseignement à
distance en ligne.
Commençons dabord par les échecs de la formation
à distance. Il y en eut de retentissants, justement dans le pays
qui vit actuellement leffervescence du développement de la
formation à distance en ligne, les Etats-Unis. Certains pessimistes,
à moins que ce ne soit des réalistes, voient même
dans lengouement actuel pour le développement de formation
à distance en ligne, aux Etats-Unis, la reprise dune pièce
de théâtre déjà jouée.
3-1 Lenseignement à distance a un passé
déchecs dont on a intérêt à tenir compte
En effet, lenseignement par correspondance sest développé
aux Etats-Unis à la fin du XIXe siècle et au début
du XXe dans une fièvre commerciale analogue à celle qui
préside outre frontière au développement actuel de
la formation à distance par Internet. À la fin du premier
tiers du siècle dernier (vers 1930), il sest pourtant effondré
parce que complètement discrédité. David F. Noble,
professeur à luniversité York a étudié
lhistoire de ce développement35.
Je lui emprunte les éléments de la narration suivante.
Ce sont des entreprises commerciales qui les toutes premières
ont lancé lenseignement par correspondance. La plus importante
dentre elles a été créée en Pennsylvanie
dans les années 1880 et son fondateur créa ensuite (déjà
à cette époque !) des écoles internationales denseignement
par correspondance. Au début du XXe siècle, les entreprises
privées de formation bourgeonnent. Elles sadressent à
des personnes qui cherchent des qualifications professionnelles surtout
dans le domaine du commerce et de lindustrie. Leur succès
est tel que, en 1924, elles disent recruter au total quatre fois plus
détudiants que lensemble des établissements
denseignement supérieur et de formation professionnelle américains.
Leur argument promotionnel est étonnamment semblable à celui
de le-éducation, il mise sur une formation personnalisée,
selon son rythme et quand on veut. " Létudiant dispose
de lattention individuelle de lenseignant, travaille à
son propre rythme, sans se le laisser imposer par la capacité moyenne
des nombreux élèves travaillant simultanément. Il
peut démarrer quand bon lui semble, étudier à toute
heure quil juge pratique, et terminer dès quil en est
capable ".
La priorité de ces firmes est le recrutement, la plus grande partie
des revenus y est consacrée. Les activités promotionnelles
pour augmenter leurs clientèles monopolisent toutes leurs énergies.
Alors, se met en marche une spirale qui entraîne et renforce la
dégradation. Méthodes de vente sous pression et donc recrutement
détudiants peu motivés, piètre qualité
du produit, inexistence de lencadrement, utilisation de personnels
peu qualifiés et surexploités conduisent à des taux
dabandon catastrophiques36. Le phénomène
de boucle de la création de ce quon a appelé largent
du dérochage (drop out money) sinstalle, car une fois létudiant
décroché, lécole conserve la totalité
de largent. Cet argent nétant plus nécessaire
à la formation, il peut donc aller au recrutement. Et la roue continue
ainsi, car léconomie de ce système ne pousse pas à
lamélioration de la qualité du produit et des conditions
dencadrement de lenseignement, mais elle pousse, en sens inverse,
à se concentrer sur le seul recrutement.
À la même époque, la formation par correspondance
se développe dans les universités et suit une évolution
analogue. Le mouvement commence en 1890, puis il est atteint par leffervescence
dun engouement analogue au développement actuel de lenseignement
en ligne. Les universités de plusieurs États créent
des programmes détudes à domicile (home study). Quand
en 1919, luniversité Columbia crée le sien, soixante-treize
établissements denseignement supérieur offrent déjà
des cours par correspondance37. Confrontées
au marché des écoles privées par correspondance,
les universités reprennent, par rapport à leurs clients
potentiels, les mêmes arguments de vente que leurs concurrents :
" Dans la classe surchargée de luniversité américaine
ordinaire impossible de traiter les étudiants de façon individuelle,
de surmonter la pression conformiste du groupe, ou dencourager les
étudiants lents ou intimidés par le dispositif de la classe.
Létude à domicile, elle, prend en compte les différences
individuelles dans lapprentissage " (Déclaration du
responsable du service des études à domicile de luniversité
de Chicago). Par contre, par rapport au milieu universitaire et aux instances
politiques, ils tiennent un autre discours, celui de lintérêt
économique de la transformation des établissements denseignement
conventionnels en service denseignement par correspondance. Selon
eux, la formation par correspondance ne devrait pas être considérée,
comme une simple extension de lenseignement, mais comme le point
de départ dune révolution de lenseignement supérieur
qui, par ce moyen, deviendra moins coûteux et de meilleure qualité.
Mais concrètement, la logique économique des rivaux des
firmes privées des cours par correspondance rattrape aussi très
vite les universités elles-mêmes, Bien que nétant
pas constituées en organisation à but lucratif, elles demandent
aux services de cours à domicile de sautofinancer. Alors
quon attend deux des gains de productivité, les responsables
de ces services se rendent rapidement compte que les coûts pour
un enseignement à distance de qualité sont plus élevés
que prévus, à cause, entre autres, des frais administratifs.
Mais pris dans la spirale de la productivité quils ont annoncée
et promise, ils sont contraints à rechercher la réduction
des dépenses liées à la préparation des cours,
à lencadrement et à la correction. La dégradation
du produit et du service contribue à laugmentation des taux
dabandon, et même, pour quelques universités, la course
à largent du décrochage sinstalle. Les services
de cours à domicile duniversités pourtant renommées
perdent alors leur crédibilité et suscitent les mêmes
critiques que les firmes privées. Mais plus grave encore, la crédibilité
de luniversité tout entière, comme institution, est
aussi atteinte. En 1930 Abraham Flexner, une des personnes les plus respectées
du milieu universitaire américain, écrit un livre38
ravageur qui critique les préoccupations commerciales des universités,
préoccupations qui compromettent leur indépendance et lexercice
de leurs fonctions sociales essentielles. " Les universités
se sont tournées de manière à la fois irréfléchie
et excessive vers des demandes immédiates, fugaces, passagères.
Elles se sont dévalorisées, vulgarisées et mécanisées.
" Le retentissement de ce livre porte un coup mortel aux cours à
domicile des universités, dont les produits se sont déjà
dégradés.
Des leçons peuvent-elles être tirées de ce passé
? Lengouement suscité, au départ, par les cours par
correspondance, est-il si différent de celui qui est suscité
actuellement par le développement de lenseignement en ligne
? La suite de lhistoire sera-t-elle analogue ? Que faut-il faire
pour quil nen soit pas ainsi ? Car, lélément
commercial est plus fort maintenant quil ne létait
alors. Ainsi, certaines universités sengagent avidement avec
des partenaires commerciaux en louant leur marque et leur logo à
des entreprises à but lucratif en échange dune participation
à lactionnariat. Le doyen de lécole de commerce
de luniversité Columbia a signé un accord avec une
start-up de la nouvelle industrie de léducation. À
qui sétonnait de la chose, il a dit être moins intéressé
par laugmentation des revenus venant des droits dinscription
que par la capitalisation de son école qui était ainsi permise
! Enfin, son école était inscrite à la Bourse ! Ironie
de lhistoire, son université a déjà succombé
à lengouement de lenseignement par correspondance et
la détérioration du produit a entraîné en 1930,
la suppression dun service déconsidéré39.
La nécessité dêtre tourné vers lavenir
justifie-t-elle lignorance des leçons de cette expérience
exemplaire passée ? Car il arrive quignorer le passé
soit sexposer à le reproduire. Mais le passé de lenseignement
à distance nest pas seulement un passé déchecs,
il compte aussi des réussites. Pour se développer lenseignement
à distance en ligne aura donc intérêt à sappuyer
sur cette réussite.
3-2 Lenseignement à distance a des atouts
et a développé des expertises dont peut bénéficier
le développement de la formation en ligne.
LOpen University de Londres, créée en 1969, offre
des cours crédités à distance à plus de
200 000 étudiants dans le monde et elle occupe la 11e place dans
le tableau de classification des universités anglaises. Lenseignement
à distance existe en France depuis près de 100 ans et
sous sa forme actuelle, un centre relevant du ministère de lÉducation,
depuis 1939. Il a actuellement une clientèle détudiants
dispersés dans plus de 200 pays et des milliers détudiants
ont préparé et réussi par ce moyen les concours
dentrée des grandes écoles françaises40
ainsi que le baccalauréat, examen commun organisé par
le ministère de léducation et sanctionnant les études
au terme de la douzième année détudes. La
Commission dévaluation de lenseignement collégial
a examiné la qualité de la formation générale
donnée par le Centre collégial de formation à distance.
Je pense que beaucoup de collèges auraient sans doute préféré
avoir lévaluation obtenue par le Centre plutôt que
la leur.
Je donne ces exemples de réussite parce quil y a toujours
dans les milieux de léducation un doute sur la possibilité
réelle de faire de bonnes études au moyen de lenseignement
à distance. Il sagit là dun préjugé
non fondé sur lexamen des faits. Ce que lon connaît,
et qui est généralisé, cest lenseignement
en présence dun professeur. Alors, on fait de cette réalité
une norme et tout ce qui sen écarte devient, par principe
et sans examen, suspect. Les centres sérieux de formation à
distance savent quils sont soumis très souvent, dès
le départ, à un tel préjugé, aussi maintiennent-ils
des exigences élevées pour leurs étudiants. Dailleurs,
rendre difficile la réussite dun cours est, dans le cadre
du travail autonome de formation, de nature à susciter un effort
constant et soutenu. Ainsi, au Centre collégial de formation à
distance, la réussite de chacun des cours est conditionnelle à
deux réussites, celle des travaux et celle d'un examen synthèse
portant sur l'ensemble du cours et passé sous surveillance. Une
telle pratique est-elle aussi la norme dans le réseau des collèges
?
Il y a des services de formation à distance de qualité.
Le Centre collégial de formation à distance en est un. Il
peut donc jouer un rôle important dans le développement de
la formation à distance en ligne pour le réseau collégial.
Il a, daprès moi, quatre atouts qui lui permettent de le
faire.
Tout dabord, le Centre collégial de formation à distance
bénéficie de dispositifs qui permettent le développement
concerté et organisé de la formation en ligne, car il na
pas na pas les pesanteurs institutionnelles des établissements
conventionnels. Dans l'état actuel des choses, un collège
peut difficilement mettre sur pied et de façon permanente, pour
ses étudiants, un enseignement individualisé à distance.
Toutes ses pratiques d'organisation des études, tous les investissements
qui lui ont été déjà consentis, toutes ses
règles d'affectation des ressources, et certaines sont même
codifiées dans des règles de conventions collectives, sont
établies en fonction d'étudiants regroupés, rencontrant
des professeurs dans des classes situées dans un même édifice.
Ces pesanteurs sont tellement insurmontables que les efforts pour créer
des produits électroniques permettant un enseignement individualisé
à distance dérivent inéluctablement dans ce contexte
vers des produits du type d'utilisation des APO. Par contre, le Centre,
lui, n'a aucune de ces pesanteurs : son organisation, ses règles
d'affectation des ressources enseignantes sont établies afin de
permettre un enseignement individuel à distance. Il peut, dans
ce contexte, élaborer des produits de modèles pédagogiques
très diversifiés, allant dactivités ponctuelles
demandant la présence au produit multimédia autonome en
passant par la combinaison papier-média électronique.
De plus, deuxième atout, le Centre est membre à part entière
de lenseignement collégial. Il bénéficie donc
de ce qui assure la crédibilité et la notoriété
de loffre de service public denseignement de ce réseau.
Ainsi, son offre de réseau est analogue à celle des établissements
denseignement collégiaux : programmes nationaux, reconnaissance
du diplôme, vérification de la qualité. Il dispose
de plus dun bassin de ressources compétentes, celui du réseau
de lenseignement collégial, et il peut lutiliser.
Par ailleurs, troisième atout, le Centre a développé
de lexpertise en organisation de la formation à distance
et il bénéficie de celle qui sest développée
dans les centres renommés de cette nature. La mise en place de
la formation à distance nécessite des expertises que ne
requiert pas lorganisation dun enseignement conventionnel.
Jindique ici quelques-unes dentre elles ? Comment faire passer
létudiant mal pris qui sinscrit à ce type denseignement
à une situation dans laquelle il apprécie et aime cette
forme dapprentissage ? Comment passer dune situation dinscription
de masse à linscription continue dans un marché ouvert
de formation ? Comment faire passer des pratiques denseignement
à distance basées sur lauto apprentissage à
une situation dapprentissage assistée ? Comment passer de
lélaboration de loutil de formation individuelle à
la mise en place dun cadre de soutien à lenseignement
individualisé ? Comment passer dune situation de professeur
homme-orchestre à celle dune fonction de professeur orchestre
(concepteur de cours, tuteur, correcteur) ? Comment passer du savoir du
professeur à la médiatisation de ce savoir dans une trousse
doutils permettant un apprentissage individuel à distance
? Comment passer de la réalisation de cours sur papier à
des productions multimédia ? Comment passer de la reconnaissance
des acquis à loffre de formation manquante ? Comment passer
dans une situation dauto apprentissage du travail individualisé
à distance à la vérification de la qualité
? Ces choses, qui constituent une partie des expertises nécessaires
pour la mise en place dun enseignement à distance de qualité,
ne simprovisent pas. Elles sont souvent peu connues. Une journée
comme celle daujourdhui vous permettra de les entrevoir.
Enfin, quatrième atout, ce Centre, étant un service réseau,
a déjà développé des formules de collaboration
et de partenariat avec les établissements collégiaux. En
effet, une partie de sa clientèle est en fin de DEC, lexpertise
du corps professoral est dans le réseau et le passage de loffre
individuelle institutionnelle à loffre réseau appelle
la concertation. Les contacts avec le réseau des établissements
collégiaux sont donc nécessaires et ils existent. De plus,
certaines offres de service supposent des partenariats spécifiques
du Centre avec tels ou tels collèges. Par ailleurs, le Centre est
une des têtes dentrée du réseau collégial
dans le milieu des organismes uvrant dans les nouvelles technologies
de linformation, sa vocation de formation à distance ly
conduit naturellement. Et, il pourrait lêtre davantage pour
certains établissements collégiaux et même pour lensemble
du réseau collégial, si ceux-ci le désiraient
Le succès du développement de lenseignement en ligne
dépend, en dehors de largent, de quatre conditions : flexibilité
qui permet lélaboration de produits de formation adaptés
à lutilisation des technologies de linformation en
enseignement à distance, reconnaissance sociale de lattestation
des études réussies, expertise quant à lorganisation
des éléments spécifiques de lapprentissage
à distance, capacité détablir des alliances
et des partenariats. Pour moi, qui ai eu loccasion de connaître
de près le fonctionnement et les réalisations du Centre,
il est clair quil possède déjà ces quatre atouts.
Conclusion
Je conclus.
Lenseignement à distance existe déjà depuis
plus de 100 ans. Son histoire est faite de déchecs et de
réussite. Cette forme denseignement a su, tout en répondant
à des besoins particuliers, faire ici ou là sa marque. Il
est évident que les possibilités des nouvelles technologies
de linformation lui donneront un nouvel élan et produiront
un regain dintérêt pour cette forme de formation.
Au point de contraindre tous les établissements denseignement
supérieur à se transformer parce que lenseignement
en ligne serait désormais leur avenir ? Je ne le crois pas. La
ligne de fond de mon analyse évite les positions tranchées
de lannonce de lEldorado ou de la Beresinet41.
Elle navigue entre risque et promesse. Et pour pouvoir dégager
quelques lignes de force, jai essayé de prendre du recul,
de donner de lampleur à mon analyse, de regarder haut et
loin. Mais peut-être, malgré tout, me suis-je trompé
?
Par contre, ce dont je suis certain cest que le développement
de lenseignement en ligne dans le réseau collégial
a intérêt à sappuyer sue le Centre de formation
à distance quil sest donné. Parce que lexpertise
du Centre est précieuse, parce que nous sommes un petit pays et
que nous navons pas intérêt à nous disperser
et à chercher chacun de notre côté des gains rapides
et fugaces de notoriété, parce que, contrairement aux universités,
le renforcement du réseau a toujours été, pour les
collèges, du moins jusquà présent, une préoccupation
constante.
Cependant, je voudrais en terminant vous laisser deux questions, questions
auxquelles seuls les collèges, eux-mêmes, peuvent répondre.
Vous avez constaté quon ne parle que des universités
dans le développement de lenseignement en ligne. Vous avez
aussi constaté que les formations les plus demandées ont
un caractère professionnel marqué. Lenseignement technique
des collèges, est-il, non en mot, mais réellement considéré
comme un enseignement denseignement supérieur ? Ses règles
daction sont-elles les mêmes que celles de son voisin systémique,
luniversité ?
Par rapport au développement de lenseignement à distance
en ligne le réseau collégial doit-il attendre les demandes
ou doit-il se donner des moyens pour être proactif dans ce domaine,
et pour cela établir des cibles, préciser des modes de collaboration
? Le ministère de lÉducation peut-il rester indifférent
par rapport à ce chantier ? Qui prendra linitiative dune
telle opération ? Les universités profiteront dans les mois
qui viennent de limpact du Rapport du Comité consultatif
sur lapprentissage en ligne. Elles bénéficieront de
lattention des instances politiques dans ce classique souque à
la corde Ottawa-Québec qui se développera certainement dans
ce dossier. Les collèges resteront-ils inertes, spectateurs et
ne ramasseront-ils que quelques miettes ?
Les organisateurs de ce séminaire ne mont pas demandé
de poser de telles questions. Je devais me cantonner dans lanalyse
des enjeux et des perspectives de la formation à distance. Mais
ceux dentre vous qui me connaissent saviez que je ne saurais pas
résister, après lanalyse, à ouvrir sur laction.
Je vous remercie de votre attention.
NOTES
1. Il a été directeur de léducation
des adultes, puis directeur des services pédagogiques du Collège
Rosemont. Les premiers cours par correspondance des collèges du
Québec ont été créés par le service
quil dirigeait. Par la suite, il a constamment plaidé et
milité pour la création dun service de formation à
distance pour le réseau collégial et géré
par lui.
2. Et cest pourquoi il ma toujours paru juste
que ce soit le Collège de Rosemont qui récolte la gestion
de ce centre pour lensemble du réseau collégial.
3. Ce comité a été constitué
en juillet 2000. Il était composé de 19 personnes dont la
majorité (14 personnes) sont responsables duniversités
ou de collèges. Deux québécois faisaient partie de
ce groupe : François Tavenas, recteur de luniversité
Laval et Bernard Lachance, directeur général du Collège
de Lévis et ancien directeur général du Collège
de Bois-de-Boulogne. Les cinq autres personnes provenaient de lindustrie
: Le Vice-président et Chef de direction dAT&T Canada,
le stratégiste en chef de BCE, une vice-présidente exécutive
de la Banque de Montréal, la Présidente de Lucent Technologies,
le Président et Chef de la direction dIBM Canada.
4. On peut obtenir ce rapport en appelant au 1 800 575
9200 ou le consulter ou télécharger au site suivant : http://www.schoolnet.ca/mlg/sites/acol-ccael/fr/report.html
5. Il a été recteur de luniversité
Mc Gill de 1979 à 1994.
6. Il sagit là dun tel déterminisme
technologique " primaire ", comme on parlait dans le temps danticommunisme
" primaire ".
7. On évalue quactuellement au Québec,
60 % des formations données en entreprise sont des formations sur
le tas.
8. Laccès en ligne ma permis de recueillir
plus rapidement et plus facilement les informations dont javais
besoin pour préparer cette conférence. Sans elles, jaurais
dû me contenter de généralités
9. Voir, Les nouvelles technologies de linformation
et de la communication : des engagements pressants (Rapport annuel 1993-1994),
Éducation et nouvelles technologies. Pour une intégration
réussie dans lenseignement et lapprentissage (Rapport
annuel 1999-2000)
10. Il a évidemment plus de chance de se faire
entendre des instances politiques que le discours basé sur lamélioration
de la formation. Ce qui nest peut-être pas, en soi, un mal.
11. Le poids économique des technologies de linformation
est énorme. Le marché mondial de ces technologies a augmenté
de près de 10 % chaque année depuis 10 ans. Il dépasse
actuellement les 2 000 milliards de dollars. La poursuite de la croissance
est, de plus en plus, tributaire du développement des contenus.
12. On aura remarqué la qualité des personnes
provenant du secteur industriel qui faisaient partie du Comité
consultatif de lapprentissage en ligne.
13. Tony Blair a annoncé que son gouvernement
investira léquivalent de près de 200 millions de dollars
américains pour créer une université virtuelle sans
campus physique. Cette université est appelée à sadresser
aussi à la clientèle étrangère. Elle établira
des partenariats avec des universités de Chine, dIndonésie,
de Malaisie, de Singapour, des Etats-Unis et des collaborations avec des
centres de recherche anglais. Cest lOpen University de Londres,
dont la renommée et lexpérience en formation à
distance sont reconnues, qui sera le maître duvre de
la réalisation de ce projet.
14. " La nouvelle réalité (celle
du " nouveau paradigme de la société mondiale du savoir"
) crée des possibilités nouvelles et pose des défis
fondamentaux à ces établissements dont le savoir et les
ressources intellectuelles navaient jamais fait lobjet dune
telle demande. Pourtant, ces technologies de linformation et des
communications qui ont créé la société du
savoir rendent possibles de nouvelles approches mondialisées dapprentissage
grâce auxquelles les grandes entreprises et les établissements
étrangers pourront concurrencer avec nos établissements
denseignement supérieur pour attirer des apprenants canadiens
". ( Rapport du Comité consultatif pour lapprentissage
en ligne p. 1 du Sommaire)
15. Je sais quil ny a pas pour le moment
un usage univoque des distinctions et des dénominations en ce domaine.
Celles que je propose ici nont dautre but que dindiquer
ce dont je parle quand je les utilise dans ce texte. Qui sintéresse
à ces questions aura intérêt à lire une des
fiches produites par le CEFRIO, la fiche 21 qui porte sur le téléapprentissage.
On y trouvera des indications sur les différentes formes de téléapprentissage
et les diverses formules pédagogiques utilisées actuellement
en téléapprentissage. Cest un document dabord
fait pour les entreprises. On trouvera la liste des fiches produites par
le CEFRIO à http://www.cefrio.qc.ca/francais/publications/fiches/liste.html
16. Les APO (Aide pédagogique par lordinateur)
est un terme qui a servi pour nommer les technologies éducatives
utilisant lordinateur. Par extension, il sert maintenant à
nommer aussi lutilisation des technologies de linformation.
17. Voir à ce sujet The Future of Colleges :
9 inevitable Changes par Arthur E. Levine, president of Teachers College
of Columbia University, paru à lautomne 2000 dans le Chronicle
of Higher Education (www.chronicle.com)
dans Section : The Chronicle Review, page : B10 )
18. La nouvelle rumeur veut que ce soit Wal-Mart qui
digère Amazon ! Et ce qui nest pas une rumeur, cest
que les actions de Webvan, destiné à devenir lAmazon
de lépicerie en ligne, se transigent actuellement à
25 cents et que la valeur risque dêtre retirée de la
cotation parce quelle est depuis plusieurs mois au-dessous du niveau
requis de 1 dollar !
19. Jai déjà traité de cette
question lors du colloque Lenseignement supérieur à
lheure des nouvelles technologies dinformation, organisé
par lAssociation française pour lavancement des Sciences,
le Conseil de la Science et de la Technologie et le Conseil supérieur
de lÉducation. (2 mai 1995). Le titre de la communication
est Le Collège informatisé de demain. (Voir Actes du colloque
édité par le Conseil de la science et de la technologie).
Je mapprête de nouveau à traiter de cette question
au prochain colloque de lAssociation pour les applications pédagogiques
de lordinateur au postsecondaire (28-30 mai 2001).
20. Skholê en grec, cest le loisir.
21. Pour le mouvement Solidarité rurale, "
lécole, cest lâme du village ".
22. Voir sur cette question Bernard Miège La
société conquise par la communication. Presses universitaires
de Grenoble, 1997 ou encore Bernard Miège et Gaston Tremblay (professeur
au département des sciences de la communication de lUQAM),
Pour une grille de lecture du développement des techniques de linformation
et de la communication dans Sciences de la société, Presses
universitaires du Mirail. N°47, 1999.
23. Loffre de formation américaine en ligne
est essentiellement adressée à des clients ayant de largent
et dans des marchés industriels et de services en expansion : les
technologies, le droit, les formations médicales, les langues,
le management et ladministration. La plus grande Business School
du monde, Wharton http://www.wharton.upenn.edu/mba/
de luniversité de Pennsylvanie, compte plus de 8 000 inscrits
en MBA dont la moitié réside en Orient : Chine, Inde, Corée
du Sud.
24. Vous trouverez des indications générales
sur la situation de la demande de formation des adultes en situation de
travail, aux pages 33 à 35, 52 à 56, 92 à 95 du document
de proposition de politique déducation des adultes que jai
préparée. Pour une politique de léducation
des adultes dans une perspective de formation continue. Proposition soumise
à M. François Legault, ministre dÉtat à
lÉducation et à la Jeunesse et à Mme Diane
Lemieux, ministre dÉtat au Travail et à lEmploi,
septembre 2000.
25. Cependant certains de ces organismes sont des services
de formation des entreprises elles-mêmes. Doù probablement
le taux élevé de formation sur le tas qui subsiste encore.
26. Les disciplines de l'organisation apprenante viennent
de Peter Senge. Les méthodes de gestion des connaissances sont
influencées par divers auteurs américains. Voir aussi Chris
Argyris, professeur à Harvard, dont un ouvrage, Knowledge for Action
(1993) a été traduit en français vous le titre Savoir
pour agir (InterÉditions 1995)
27. Il serait intéressant daller voir ce
qui se passe à la Domtar depuis que Raymond Royer (ancien de Bombardier)
en assure la présidence.
28. Je trouve que lon nexplore pas assez
le marché de lEurope Centrale.
29. LInstitut Teccart a réussi à
développer un marché international pour ses produits. Il
faut se rappeler ici que ceux qui ont développé Teccart
ces 20 dernières années avaient auparavant développé
des cours sous forme modulaire permettant lapprentissage individuel.
Le passage à lenseignement à distance était
ensuite facile.
30. Sur 500 formations proposées par le CNED,
40 seulement proposent un service daccompagnement en ligne et seules
3 formations (elles portent sur Internet) sont disponibles sous le mode
de la classe virtuelle.
31. Spécialisée précédemment
dans le domaine de la gestion de leau, la Générale
des Eaux est devenue Vivendi, puis Vivendi Universal. Cette compagnie
sest diversifiée dans le domaine du marché du divertissement
par la fusion avec Universal Pictures de Seagrams et dans le domaine
du marché de léducation par lacquisition dHavas
http://www.havas.fr/
qui avait dans son escarcelle entre autres maisons dédition,
Bordas, Larousse, Nathan. Voir http://fr.education.com/
32. On trouvera dans le rapport du Consortium multimédia
CESAM, Rapport de veille sur limpact des nouveaux médias
dans lunivers de léducation et de la formation de septembre
2000, des exemples nombreux de cette nouvelle configuration des acteurs
intéressés par lutilisation des médias électroniques
dans la formation.
33. On trouvera dans le rapport cité à
la note précédente des exemples de ces types dalliance.
34. Lannonce a été effectivement
faite après la date de cette conférence.
35. David F. Noble est lauteur de The Religion
of Technology, Alfred Knopf, New York, 1997. On peut avoir accès
par Internet à des articles de cet auteur traitant de ces questions,
à ladresse suivante : http://www.communication.ucsd.edu/dl
36. Une étude faite en 1926 sur 75 de ces écoles
montre que seulement 2,6 % des étudiants terminaient leur formation.
37. David F. Noble fait remarquer que les quatre universités
les plus en vue dans le développement de la formation par correspondance
(Wisconsin, Californie, Chicago, Columbia de New York) font encore, cette
fois, partie du peloton de celles qui se lancent dans la formation à
distance en ligne.
38. Abraham Flexner, Universities. American, English,
German, Oxford University Press, New York, 1930.
39. Manifestement la réponse ingénue de
ce doyen montre quil doit mieux connaître le fonctionnement
des marchés financiers que lhistoire, fut-elle celle de sa
propre université.
40. École normale supérieure de Lettres
ou de Sciences, École Polytechnique, École des Mines, Hautes
études commerciales etc
41. Jemprunte ce terme à Jean-Louis Gassée,
ancien patron dApple France et actuellement PDG de Be. Inc. à
Menlo Park en Californie où il habite depuis près de quinze
ans. Il a créé ce terme au moment de la débacle des
cours du Nasdaq. Ce mot est la contraction de " Beresina ",
la grande défaite napoléonienne de la campagne de Russie
qui précipita leffondrement de son Empire et de " Net
". Régulièrement, J.L. Gassée envoie au journal
français Libération, une chronique, à la fois informée
et distanciée, sur le monde en ébullition du multimédia
et des technologies de linformation. Cette chronique est intitulée
Vu de la Silicon Valley. On la trouve sur le site de Libération
à http://www.liberation.com/chroniques/gassee.html